Les 9 vies de Jean-Luc Bonspiel [3]

bonspiel-2013-2[Troisième partie de trois. Pour lire la première partie. La seconde.]

Le syndicat de la rétro-information

« J’ai dû m’exiler du Québec pour travailler. J’avais fait bobo à un cabinet de relations publiques. Je pensais qu’une centrale syndicale, c’était du bon monde. J’ai parti le syndicat pour faire chier le cabinet. Le soir de la fermeture des signatures, il nous manquait une. On a cherché une fille de St-Lambert qui avait travaillé un jour, le jour de réfé-rence, ce qui était suffisant pour que sa signature soit valide. Vers 10h le soir, on l’a enfin trouvée sur un terrain de basket. On lui a expliqué la situation et elle a signé… C’était une shop de terreur. Par la suite, je me suis fait trainer dans la marde par un juriste des plus éloquents d’une grande boîte. »

Montréal-Toronto

Depuis neuf ans, Jean-Luc Bonspiel vit à Toronto, principalement comme traducteur à la pige. « À chaque fois que je reviens à Montréal, on dirait que la ville est de plus en plus petite. À Toronto, tu peux parcourir tout le centre-ville sans perdre ton signal de Starbuck. Et il y a de la richesse. Des Alpha Roméo, des Ferrari tu en vois partout. Un penthouse avec une seule chambre peut se vendre jusqu’à 26 millions. Mais 40 % de l’immobilier, c’est de la spéculation de la mafia russe. Ici à Montréal soyez content d’avoir votre petite mafia italienne, ce n’est rien par rapport à la mafia russe. »

« -As-tu lu mes chroniques de l’Express de Toronto ?

-Oui je me disais qu’ils ne te garderaient pas longtemps. Ils sont tellement à droite, ai-je répondu en riant.

-C’est juste parce qu’ils ne comprenaient pas la moitié des choses que j’écrivais.On me regardait un peu comme un chien avec qui tu fais un tour de magie. Ah ! J’ai eu de la misère à m’intégrer à la Francophonie de Toronto. J’étais allé à ce qui était autrefois l’Association canadienne-française de l’Ontario qui est maintenant l’Association des Communautés francophones de l’Ontario. Puis je me suis rendu compte…  J’ai fait de la radio à CHOQ. Après 10 ans de tergification, de brettage et de tétage, la communauté francophone s’était finalement gréée d’une radio. Je ne me suis jamais intégré dans la communauté francophone après neuf ans. J’ai bien mes clients, mon réseau… Ce sont des gens qui ont des préoccupations pointues, qui tourne autour du cash. Je parle à bien des gens qui ne voient pas Toronto comme froide, inaccessible. Mais je me suis rendu compte qu’ils appartiennent à différentes communautés culturelles autre que francophone. Sans doute parce les francophones se considèrent comme chez eux. Ils n’ont pas de radeau de survie comme pour les autres communautés. C’est comme le grand océan de vidanges, on ne peut mettre le pied dessus. Il y a 35 000 personnes qui vivent en français à Toronto. C’est dix fois moins que le nombre de personnes qui vivent en tamoul. Il y a plus d’Éthiopiens. Tout le monde est minoritaire. Il faut aller dans les lointaines banlieues pour trouver une minorité majoritaire. Quand tu penses que le plus grand mail asiatique au monde est en banlieue de Toronto. Les vidéos y sont piratées plus vite qu’à Hong Kong. »

La radio

« J’ai juste gardé la radio comme passion. Personne te check. La liberté. J’en ai fait plus que je pensais faire. C’est pas fini mais où aller ? Mon émission de radio à CIBL est le dimanche soir à 23h parce que je suis en punition depuis des années. Parce que j’ai osé des choses que je n’aurais pas dû. La radio communautaire a reçu 1,4 millions de dollars. Plutôt que payer ceux qui font la radio, on donne l’argent à la mafia pour qu’on construise une horreur au coin de Saint-Laurent Sainte-Catherine. Aujourd’hui on a des débats pour faire plaisir au Barreau du Québec ou à la Chambre de commerce de Montréal.  »

«Nombre de mes interventions sur la scène sociale ont été marqués par un intense travail rémunéré pour des peanuts. C’est comme pour ton magazine. Quand on n’a pas l’argent, il faut mettre du temps, beaucoup de temps. Mais vous n’êtes pas encombrés par le papier. Tu vois, Alan Lord un jour m’a fait écouter une de ses compositions Bon yeu donne-moi une job. Je l’ai testé et j’ai dit non. Alan l’a ensuite fait écouter au téléphone à Dédé [Fortin, leader des Colocs]. J’avais composé la mélodie vocale, si tu veux, mais je n’ai rien eu. Mais c’est pas grave. Mon vœu de pauvreté est intact. Sinon la société t’enlève ton allant. » Un autre rendez-vous l’attendait. Jean-Luc Bonspiel est ensuite parti comme il est arrivé. Comme un coup de vent. Non sans au préalable me suggérer de devenir l’antenne de Bazoom à Toronto. L’affaire est à suivre.
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[Vent du Mont Schärr sur BandCamp.

La maison des truites sur Facebook.

Tous les cancers de l’Arc-en-ciel – Dimanche 23h sur CIBL 101,5 Montréal.

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