Main basse sur CIBL

Michel Dupuis
Ex-animateur d’Escales à CIBL

[NDLR : Suite à la lettre de François Martel, Bazoom a décidé d’ouvrir ses pages aux animateurs/producteurs de CIBL. Le terme communautaire a-t-il encore un sens dans le Québec d’aujourd’hui ? Moi qui ai déjà animé une émission à CIBL il y a fort longtemps, ce genre de questions m’interpelle directement. Rappelons que selon les règles du CRTC, les radios commerciales ont l’obligation de verser une certaine part (minime) de leurs revenus à des organismes venant en aide aux jeunes créateurs et/ou aux radios communautaires et ce, sans droit de regard. Ce qu’a fait Cogeco, semble-t-il. Si une radio abandonne sa mission première, il nous semble que celle-ci perd son droit de percevoir ce type de ristournes. Une affaire à suivre.]

Voilà, c’est fini! Vous venez d’entendre la dernière émission en direct d’Escales. Et ce n’est pas nous qui l’avons décidé. Nous, c’est le metteur en ondes de l’émission depuis quelques années, André Lévesque et moi, Michel Dupuis, le signataire de ce texte après 33 ans d’animation comme producteur bénévole à CIBL.

Un « vent froid » venu de l’Hexagone a littéralement fait main basse sur la radio à la fin du printemps en balayant toute une programmation de musiques spécialisées qu’avaient construite avec le temps les producteurs de jazz, de trad, de rock, de blues et de tous ces rythmes du monde  avec l’intention de farcir les ondes de capsules formatées du type « 6 minutes » sans aucun respect sur l’origine de ces musiques et de leurs créateurs. Une vraie « radio machine » semblable à toutes les radios web de ce monde.

Cette programmation a été littéralement forcée sans consultation réelle des producteurs alors qu’on répète que 9 sur 10 étaient d’accord pour s’embarquer dans cette aventure décidée à la-va-comme-je-te-pousse et qui ne respecte pas le mandat ni la mission de CIBL.

Comment se fait-il que le C.A. ait donné son aval à cette nouvelle orientation sans le consentement de l’Assemblée de des membres? Pourquoi le Comité de programmation n’a-t-il pas été appelé pour donner son opinion comme il se doit sur une programmation sur le point d’entrer en ondes mais dont nul n’a entrevu la couleur?

Comment justifier le contenu francophone de 65% décidé en Assemblée générale et qui tous les jours recule et en perd de plus en plus au profit d’un contenu anglophone déguisé aux heures de grande écoute? En quoi balayer les émissions de tant de producteurs qui ont enrichi les ondes culturelles de Montréal en accusant un supposé vide d’écoute en direct va-t-il aider à remonter des supposées cotes d’écoute? Cela n’a jamais été notre combat.

Les questions s’accumulent sans réponses, sinon « qu’on veut tout balayer(ou presque) pour mieux recommencer », comme le rapportait le journal Huffington Post en citant les propos du directeur général Arnaud Larsonneur, le nouveau pilote de cette équipe au style plutôt bouldozant.

L’émission Escales vous dit adieu et vous remercie, chers auditeurs de partout et chers créateurs et créatrices de jazz et de musiques afférentes pour votre présence et votre appui après tant d’années. Il nous est impossible de penser s’associer à cette forme de radio en réduisant ces rencontres si riches à d’anonymes capsules formatées pour un auditoire de si belle qualité.

Mon amour de CIBL m’empêche de lui souhaiter du malheur mais je ne suis pas sûr qu’un dérapage ne guette cette station unique de 35 ans.

[Voici comment était présentée l’émission Escales sur le site de CIBL : Avec comme noyau musical, une trame de jazz, Escales vous offre des pistes inexplorées de ce cœur  jazz et amène au micro les artisans et les créateurs de ces musiques. Un voyage avec le jazz sans frontières au cœur d’un univers musical à découvrir.]