Une cantatrice russe d’origine québécoise

———————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————–+++++++++Qu’ont en commun une cantatrice russe, un des grands peintres québécois du début du XXe siècle et une des premières femmes peintres professionnelles du Québec ? Ils sont tous de la même famille. Dans cet article nous présenteront quelques membres illustres de cette dynastie puis nous retracerons les liens familiaux qui les unissent.

Litvinne-FeliaFélia Litvinne

Félia Litvinne (1863-1936), née Françoise Jeanne Schütz à Saint-Pétersbourg, est une des plus célèbres cantatrices de son temps. Sa mère, Célina Mount, est une Québécoise, anglaise par son père et française par sa mère. En 1903, à la demande de la cantatrice, nommée Ludwin dans l’article, désireuse d’entrer en contact avec sa famille, Louis Fréchette déniche l’acte de mariage de ses parents à Notre-Dame de Montréal : «  Le 11 juillet 1949, la dispense de trois bans ainsi que la dispense super impedimenta mixtae religionis ayant été obtenu de l’évêque de Montréal en vertu d’un induit apostolique ab decennium. Je [Daudet], prêtre soussigné, autorisé à cet effet, que Sieur William Schutz, musicien, domicilié en cette paroisse, fils majeur de sieur Jean Schutz et d’Anne Heywatz, de Saint-Petersbourg, en Russie, d’une part, et demoiselle Célina Mount, domiciliée en cette paroisse, fille mineure de feu sieur Francis Mount, marchand, et de dame Céleste Larraud, de la paroisse de Saint-Charles, d’autre part, se sont donné par paroles de présent le mutuel consentement de mariage, en ma présence, et en la présence de dame Céleste Larraud, mère de l’épouse, laquelle a nous a donné son consentement audit mariage, de Sieur Edmund Mount, frère de l’épouse et d’Anne Porteus et de Christie Mount, soussignés avec les époux. » [Le Canada, 30 mai 1903]. La dispense des trois bans indique généralement le désir de ne pas publiciser le mariage ; l’autre dispense, que Schütz n’est pas catholique (mariage mixte). Christie Mount signe C. McDougall. Schütz s’était établi à Montréal vers 1847. Peu de temps après leur mariage, le couple part vivre à Saint-Petersbourg [La Presse, 13 octobre 1936].

Cette soprano dramatique a une «  voix puissante, étendue, homogène et naturellement émouvante ». Elle interprète, entre autres, Wagner, Meyerbeer, Saint-Saëns, Verdi à Paris, Bruxelles, Barcelone, New York, etc. Elle a une quarantaine d’enregistrement à son actif.

Elle a épousé le docteur Dupoux, sa sœur Helen, la basse Édouard de Reské. Elle a également un frère, Willie, venu à Montréal préparer la tournée de Félia et la plus jeune, Fannie [La Presse, 12 janvier 1907]. Pour son livre Ma vie et mon art, Félia Litvinne reçu le Prix Charles Blanc de l’Académie française en 1936.

Lors de son décès, La Presse nous apprend des détails intéressants. Elle serait descendante directe de Mademoiselle de la Vallière et de Louis XIV. «  Envoyée à Naples au moment où Richard Wagner s’éteignait à Venise [donc en 1883], elle se découvrit une voix superbe un soir, en imitant le chant nocturne des bateliers de Capri. (…) [S]ur les conseils de Jean de Rezké, elle entreprit de convertir la Cour de Russie à la musique wagnérienne (…). La réussite fut foudroyante : la première fois qu’elle chanta Isolde à Saint-Petersbourg, elle fut nommée soliste de l’Empereur. Alors se manifesta (…) chez Félia Livtinne un amour du voyage, de l’aventure et de l’instabilité (…). À la Scala de Milan, à Paris, à Varsovie, à Bruxelles, à Monte-Carlo, dans toute l’Amérique, son génie vocal ressuscita Armide et Alceste de Gluck et elle consacra la gloire encore discutée de Wagner. Mais bientôt la plus célèbre cantatrice du temps fut victime de deux maux (…) La guerre dans laquelle elle se dépensa sans compter dans les hôpitaux (…) La vieillesse la prit au dépourvu (…). Voilà trois ans, il fallut que le comte de Gabriac organisa une souscription pour lui permettre de se retirer dans une maison d’Auteuil, Le Cercle familial, à l’usage des dames du monde ruinées. » [La Presse, 13 octobre 1936].

Mount-Ph-EPhilippe Edmond Mount

Le docteur Philippe Edmond Mount (1840 – 1921) est un des plus célèbres médecins québécois de son temps. Né à Mascouche le 18 novembre 1840, treizième et dernier enfant de Philip Mount et de Christina Munro, il fait ses études au Collège de Terrebonne et est admis à la pratique de la médecine le 9 mai 1865. Chirurgien-major du 65e régiment, il est pendant 49 ans médecin de l’école de Réforme [médecin-légiste puisqu’on le voit témoigner en tant qu’expert dans des procès de meurtre – N.d.A.]. Il participe à la guerre de 1870 en Europe, ce qui lui vaut d’être fait Chevalier de l’ordre de Léopold II de Belgique en 1906. Trois enfants lui survécurent, Marie, Rita (dont nous parlerons plus bas) et René [La Presse, 21 juillet 1921].

 

 

Delfosse-GeorgesGeorges Delfosse

Georges Delfosse (1869-1939) est une peintre d’église, portraitiste, illustrateur célèbre en son temps, surnommé le Peintre du Vieux-Montréal. Bien que plusieurs de ses pièces majeures ont disparues, comme les trois grandes toiles perdues dans l’incendie de l’église St-Louis-de-France, on peut de nos jours admirer ses toiles dans plusieurs églises. Il fait partie de la collection de plusieurs musées. Il fit également des portraits de personnalités célèbres, dont Wilfid Laurier.

Georges Delfosse épouse Aline Contant, fille d’Alexis Contant et d’Étudienne Durand à St-Jacques, Montréal, le 14 mai 1908. Lors de son voyage de noces à Paris, ils sont reçus par sa cousine Félia Litvinne. Delfosse lui présente quatre compositions de son beau-père Alexis Contant, basées sur des poèmes, Querelle, de la comtesse de Noailles, Musique, d’Albert Lozeau. Aimer, de Victor Hugo et Clos ta paupière, de J. Barbier. Après les avoir déchiffrées, elle manda à un de ses pianistes accompagnateurs de les exécuter. Puis elle écrivit à Alexis Contant pour le féliciter et lui promettre que bientôt elle les chantera publiquement [La Presse, 15 septembre 1908]. Pour en savoir plus sur les Delfosse, vous pouvez consulter le Bulletin de recherches historiques de décembre 1940. Delfosse a enseigné à sa cousine Rita Mount dont nous allons parler.

Mount-RitaRita Mount

Rita Mount (1885-1967) est une des premières québécoises à accéder au statut de peintre professionnelle. Elle commence à étudier la peinture chez son cousin Georges Delfosse. Elle part ensuite pour Paris où elle étudie à l’Internationale des beaux-arts, à l’atelier de l’Écluse. Elle gagne par la suite une bourse de l’Art Student League de New York. Un critique dit de ses paysages, elle a parcouru le pays d’est en ouest pour saisir les plus beaux paysages, qu’ils parlent d’une note vraie, sincère, brutale [L’Autorité, 15 novembre 1919]. Ses œuvres sont exposées au Canada, à New York, en Europe. En 1940, elle devient membre associé de  l’Académie royale du Canada [L’Illustration nouvelle, 22 avril 1940]. En 1994, elle figure dans l’exposition Au féminin du Musée de Québec. Le titre de l’exposition est d’ailleurs inspiré d’une de ses toiles [Le Soleil, 3 décembre 1994 – Le Devoir, 28 avril 1995]. Ses œuvres font partie des collections du Musée de beaux-arts de Montréal, du Québec et du Canada.

Une même famille

Tous ces personnages ont comme ancêtres communs Philip Mount et Christina Munro, d’origine anglaise. Plusieurs des descendants de ce couple vont unir leur destinée à des Canadiens-français. Étant catholiques, la voie semble naturelle. La plupart exerceront des professions libérales, avocats, notaires, comptables, médecins.

Le docteur Philip Mount (1753-1815), est chirurgien major du 84e Régiment. Il est marié à Christina Munro de Jowlis, fille du Colonel Munro, aussi du 84e Régiment. Ils sont tous nés en Angleterre. Après la guerre d’indépendance américaine, ils s’établissent dans la vallée du Richelieu, à Saint-Denis. Philip père meurt le 31 décembre 1815 et est inhumé deux jours plus tard au cimetière catholique de Lachenaie. Dans le cadre de cet article, nous nous intéressons à deux de leurs enfants.

Philip fils, au recensement de 1825, se déclare cultivateur et possède une terre dans le Bas de Mascouche Sud. Lors de l’ouverture du bureau de poste en 1842, il obtient le titre de maitre de poste, fonction qu’il conserve jusqu’à sa mort. Il travaille déjà comme agent de la seigneurie de Lachenaie. Trois ans plus tard, l’on met sur pied la municipalité de Saint-Henri-de-Mascouche et Philip en devient le secrétaire-trésorier. Le Canada Directory de 1857 présente Philip au titre de lieutenant-colonel de la milice, de maitre de poste, et de clerc de la cour locale (Commissionners court). Il meurt en cours d’année, le 28 août. [Histoire de la présence anglophone à Mascouche – Claude Martel, géographe-historien – Décembre 2017].

Nous n’avons le mariage de Francis ni les baptêmes de ses enfants, mais La Presse du 15 septembre 1908 nous apprend que la mère de Felia Litvinne est cousine germaine du docteur Edmond Mount. Philip et Francis sont donc frères.

Philippe Mount ([1795- 1857] fils de Philippe Mount et Christine Munro) épouse Angélique Gariépy ([1800-1878] fille de Pierre Gariépy et Angélique Marié) à St-Henri de Mascouche le 14 octobre 1822

Enfants de Philippe Mount et d’Angélique Gariépy

1-      Philippe Auguste Mount (1823, Mascouche, jumeau – 1823 Mascouche)

2-      Nazaire Renaud (fils de Jean-Baptiste et Marie Beauchamp) épouse Angélique Mount (1823, Mascouche, jumelle) à St-Henri de Mascouche le 24 février 1840.

3-      Melaine Delfausse (Pierre Delfausse et Marguerite Caron), régisseur de la seigneurie de Mascouche, épouse Marie Joséphine Mount (1824, Mascouche) à St-Henri de Mascouche le 26 juillet 1844. Ils sont les parents de Georges Delfosse.

4-      Odile Mount (1825, Mascouche – 1825, Mascouche)

5-      Georges Henry Mount (1826, Mascouche), commissaire à Acton Vale en 1866, épouse Élisabeth Chartier dite Robert   (c. 1824-), veuve Charles Beauregard à St-André d’Acton Vale le 7 février 1861.

6-      Caroline Mount (1828, Mascouche- 1828, Mascouche)

7-      William Mount (né Jean Guillaume, 1829, Mascouche – av. 1903) médecin, épouse Mary Jane Farrell (1832-1915).

8-      Théodore Wilfrid Mount (1830, Mascouche – 1830, Mascouche)

9-      Jean-Baptiste Allard([1832-1916] Joseph et Marguerite Larose) épouse Virginie Mount (1832, Mascouche – 1891) à St-Henri de Mascouche le 23 février 1862. Sans enfant.

10-   André Étienne Mount (1833, Mascouche)

11-   J. Olivier Bricaut dit Lamarche (Louis et Judith Forest), notaire, épouse Hélène Mount (1835, Mascouche) à St-Henri de Mascouche le 4 février 1864

12-   Philippe Hector Mount (1838, Mascouche – 1838, Mascouche)

13-   Philippe Edmond Mount (Docteur) (1840, Mascouche – 1921, Montréal) épouse Sophie Émilie Drolet ([1849 - 1912] fille de J. Toussaint et Sophie Boileau) à Saint-Jean-Baptiste (Montréal), le 20 mai 1879. Ils sont les parents de Marie (1881 – 1978) de l’artiste Rita (1885-1967) et de René Mount (1890 – 1945).

 

Francis Mount (Philippe Mount et Christine Munro) épouse Céleste Larraud, lieu et date indéterminés.

Enfants de Francis Mount et Céleste Larraud

1-      William Schütz (Jean Schütz et Anne Heywatz) épouse Célina Mount (Francis Mount et Céleste Larraud) à Notre-Dame, Montréal le 11 juillet 1849. Parents de Felia Litvinne.

2-      Edouard Mount