Un couple pionner de la chanson française à la radio

Jacqueline Bernard et Marcel Lefebvre ont tous les deux contribué à la promotion de la chanson française à la radio québécoise, l’une en chantant et l’autre en tant que directeur d’un poste de radio. Les deux ont été emportés prématurément par la maladie, ce qui pourrait expliquer en partie l’oubli dans lequel ils sont tombés.

Marcel Lefebvre, fils de David-Michel Lefebvre et Médora Peterson épouse Marie-Jeanne Gagnier (son vrai nom), fille d’Arthur-Athanase Gagnier et Eugénie Gallèze (ou Galaise), le 20 août 1930 à St-Jacques, Montréal. Ils auront trois enfants, deux garçons, Jean-Pierre et Claude, et une fille, Lise. Après la mort de sa femme, Marcel Lefebvre épouse en secondes noces Alice Genest.

Bernard-JacquelineJacqueline Bernard (1909-1944)

Jacqueline Bernard, pseudonyme de Marie-Jeanne-Edouardina Gagnier, est née et baptisée le 14 mars 1909 à St-Édouard, Montréal [BMS 2000].

Mezzo-soprano, Jacqueline Bernard débute sa carrière vers 1930, partageant son temps entre Montréal et New York. En 1937 on l’entend à la radio à l’émission L’Heure française sur le réseau américain de la National Broadcasting Compagny. À partir de 1938, pendant trois ans elle a son émission hebdomadaire, Jacqueline Bernard et ses chansons au poste CHLP, d’une durée de 15 minutes, ce qui est courant à l’époque. Son pianiste accompagnateur est Paul David [Radiomonde, Pâques 1939]. Son répertoire est des plus vastes et elle interprète tout ce qui se fait à Paris, du moins jusqu’à ce que l’occupation nazie empêche toute communication avec la France.

En 1941, en compagnie d’Adrien Lachance, elle séduit le public torontois. Elle semble s’être absentée de la radio un certain temps car Radiomonde annonce son retour au micro le 17 janvier 1942. Un an plus tard, un lecteur du même hebdomadaire demande pourquoi on ne l’entend plus à la radio. Mais le journaliste en ignore la raison. Toutefois un peu plus tard dans le mois, elle donne un récital. En 1944, elle fait partie de l’émission La Caravane militaire de CHLP [Radiomonde, 29 avril 1944]. On l’appelle la fidèle interprète de la chanson française. Un mois avant sa mort, elle chante dans une émission de Radio-Canada.

En 1939, elle enregistre sur l’étiquette Starr. On peut entendre quelques titres à la Grande bibliothèque de Montréal. Une publicité dans Radiomonde nous indique les pièces qu’elle a endisquées : Cette nuit est à nous, Rien n’est resté d’Alec Siniavine, Sans y penser, de Norbert Glanzberg, Dans les rues de Paris, la nuit, d’Alex Rhégent, Mon meilleur ami, Une photo un disque de G. Tabet, Je n’aime que vous au monde, de Georges Van Parys et Je chante ma peine de T. Waltha.

Outre la musique, elle adore le sport (badminton, ski) et est curieuse de tout, en particulier de politique internationale. On la dit aimable et aimée de tous.

Le 20 septembre 1944, Jacqueline Bernard décède subitement à l’hôpital Ste-Justine à l’âge de 35 ans et 6 mois.  [Le Devoir, 22 septembre 1944].

Lefebvre-MarcelMarcel Lefebvre (1900-1947)

Né en 1900, après des études au Mont St-Louis à Montréal, Marcel Lefebvre opte pour le génie électrique. Il entre au service de Montreal Heat & Power tout en poursuivant ses études dans ses temps libres. Il accède au département des ingénieurs électriques mais quelques mois plus tard, en 1924, il devient surintendant de Southern Canada Power à Granby.

Il restera en poste durant un an avant d’entrer au service de CKAC en 1926. La radio à Montréal en était alors à ses débuts. Sous les ordres de Jacques Cartier, il devient annonceur. Travailleur infatigable, il introduit la chanson française dans la programmation. Il présente au début des disques puis il engage des interprètes locaux, dont beaucoup lui doivent leurs débuts. Il sera par la suite réalisateur.

En 1933, Marcel Lefebvre devient directeur du poste CHLP à Montréal, propriété du journal La Patrie. Sa connaissance de la publicité permit au poste de prendre son essor. Mais la maladie brisa son élan  [Radiomonde, 27 décembre 1947].

Il décède le samedi 20 décembre 1947 à la suite d’une longue maladie. Il était âgé d’à peine 47 ans. Tout comme sa première femme, il est inhumé au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, lot R-00437.