Le destin tragique de Pauline Garon

Avant Fifi D’Orsay, une autre Québécoise francophone a fait carrière à Hollywood, dans le cinéma muet cette fois. Pauline Garon a débuté à Broadway en 1919 et à Hollywood l’année suivante. Autour de la lumière des projecteurs, il y a des zones plus sombres, des drames humains, au moins une mort suspecte. Pauline Garon elle-même a fini ses jours en institut psychiatrique.

Sur internet, plusieurs informations à son sujet sont sujettes à caution. Le présent article tente de débrouiller certains faits sans entrer dans une nomenclature de tous ses films, ni décrire tous les événements d’une vie qui s’avère tumultueuse.

Un bref portrait de famille

Les grands-parents paternels de Pauline Garon, Joseph Garon et Éliza Garon, se sont mariés à Rivière-Ouelle, Kamouraska, le 15 septembre 1846. Joseph Garon est écuyer, notaire, et député conservateur provincial de Rimouski de 1867 à 1871. Eliza est également fille de notaire. Le grand-père de Joseph et l’arrière-grand-père d’Éliza sont en fait la même personne, le chirurgien et major Jean-Baptiste Garon né en 1721 à St-Laurent-de-Lamentin en Martinique et marié à Québec en 1747.

Ses grands-parents maternels, Owen Thomas Connick et Elisa Flynn, se sont mariés à Percé le 20 octobre 1846. Thomas Connick est également écuyer. En 1843, il est reçu médecin. Il a été nommé examinateur de l’Instruction publique en 1862. Ils sont d’origine irlandaise.

Les parents de Pauline Garon, Pierre Antoine Garon et Victoria Connick, se sont mariés à la paroisse St-Michel de Percé, en Gaspésie, le 8 novembre 1885. Pierre Antoine est dit agent d’assurances et Victoria, enseignante, selon le site NosOrigines. Pour l’anecdote, le frère de Pierre Antoine, Joseph Garon a épousé la sœur de Victoria, Marguerite Connick à Percé le 22 novembre 1881.

Au recensement 1901, à Montréal, on trouve Pierre Garon (né  le 29 juin 1856), son épouse Victoria (29 janvier 1859), leurs six enfants Horace (26 septembre 1886), Naomi (24 novembre 1887), Valérie (2 mars 1889), Lauretta (29 août 1895), Juliette (19 mai 1897) et Pauline (9 septembre 1898, remarquez la date). La mère Eliza Garon (6 mai 1822), un neveu, Ernest Garon (30 janvier 1883) et deux domestiques, Eliza Turgeon et Annie Polequin habitent également avec eux. Le père gagne 5 000 $ par an, ce qui est une petite fortune à l’époque, le salaire moyen était environ 10 fois moindre.

Au recensement 1911 s’ajoute un garçon, Maurice, né en octobre 1901. Horace, Valérie et Juliette n’habitent plus là. Eliza Garon est décédée en 1906. Ils habitent au 350 rue Sherbrooke Est à Montréal. Le père est inspecteur dans le domaine des assurances et gagne 1 080 $ par an. La mère est d’origine irlandaise. Le français et l’anglais semblent communément parlés à la maison.

Les baptêmes retrouvés dans le BMS2000 (1886 à 1895) sont tous à la paroisse St-Jacques, Montréal. Quatre enfants sont morts avant l’âge de 4 ans : Eugène (1890 –1894), Eusèbe (1891 –1892), Pearl (1893 –1894) et Rebecca (1894 –1895).

Le Guide Lovell des rues de Montréal indique qu’en 1886-87, Pierre Garon est inspecteur pour la Standard Life Insurance. La famille habite au 216 rue St-Hubert. En 1890-91, Pierre Garon est gérant pour la Canadian Life Insurance. La famille habite au 252 rue St-Hubert. En 1901-02, Pierre Garon est gérant et secrétaire pour la Canadian Life Insurance. La famille habite au 332 rue St-Urbain.

Comme on le voit, contrairement à ce que laisse entendre Wikipedia, page qui contient plusieurs erreurs, et d’autres sources, les Garon sont une famille de notable. Il n’y a donc rien de surprenant au fait que Pauline ait reçu une excellente éducation.

Pauline_GaronSur Broadway

Même si on ne connait pas les circonstances qui l’ont amenée à New York, il appert qu’elle s’y trouve en 1919. Toutefois, la famille devait avoir des contacts dans cette ville. Son oncle, Louis Gaudiose Duquet, époux de Marie Clementine Garon, est mort à New York en 1922, selon Nos Origine (voir plus haut). Alors âgée de 20 ans, elle joue sur Broadway. Selon le Internet Broadway Internet, Pauline Garon tient les rôles de Sadie Little et de François dans la comédie musicale A Lonely Romeo du 10 juin au 10 novembre 1919, au Shubert Theater puis au Casino Theater ; de Babette dans la comédie musicale Buddies, du 27 octobre 1919 au 12 juin 1920 au Selwyn Theater; et celui de Doris Carter dans le drame Lilies on the Field au Klaw Theatre du 4 octobre 1921 à février 1922.

Hollywood

Selon IMDb, le premier film dans lequel Pauline Garon apparaît est Remodeling Her Husband (1920), une comédie co-réalisée par D.W. Griffith. Elle obtient son premier rôle important avec The Power Within (1921) de Lem F. Kennedy. Son étoile commence à briller avec Reported Missing (1922), aux côtés d’Owen Moore, et avec l’adaptation de la pièce de théâtre Sonny la même année. Mais elle aurait été réellement découverte par Cecil B. DeMille qui la dirige dans Adam’s Rib (1923). Elle est désignée cette année-là Wampas Baby Stars, soit l’une des treize actrices appelées à devenir de grandes vedettes. Jusqu’à la fin de la décennie, elle est une populaire flapper (une jeune fille un peu garçonne, aux mœurs libres dans les années 1920) du cinéma.

Pauline Garon devient citoyenne américaine le 19 février 1928. On l’a dit âgée de 25 ans – elle se rajeunit. Elle se serait établie aux États-Unis neuf ans auparavant, ce qui donne 1919 [New York Times, 20 février 1928].

Mais comme bien des vedettes du cinéma muet, sa carrière décline vers la fin des années folles. On retrouve en glanant sur internet bien des explications sur son déclin mais sans références. Son accent français déplaisait (pourtant sur IMDb, on dit qu’elle a une voix plaisante et qu’elle prononce parfaitement l’anglais hollywoodien), son mari de l’époque, Lowell Sherman, l’aurait découragée à signer un contrat à long terme avec Paramount, etc. Sur un site, elle n’aurait pas vraiment souhaité devenir une grande star, sur un autre, elle devient dépressive à mesure que sa carrière pâtit. En 1934, celle-ci est pour ainsi dire terminée. Son dernier rôle serait en 1941 dans How Green Was My Valley de John Ford dans lequel elle ne prononce qu’un seul mot : divorce.

Des mariages malheureux

Pauline Garon se marie la première fois avec Lowell Sherman (1888-1934) le 15 février 1926 à New York. Pauline se rajeunit, se disant âgée de 22 ans, son époux de 34. Il habite au 156 de la 52e rue Est, Pauline, Hollywood. Les témoins sont Lauretta G. Taylor, sœur de Pauline et Julia L. Sherman, sœur de l’époux. Immédiatement après, ils sont témoins pour le mariage de Edwin L. Martin, assistant directeur du film sur lequel Sherman travaille, et Mae Agnes Feeley. [New York Times, 16 février 1926].

Lowell Sherman avait divorcé en 1922 de l’actrice Evelyn Booth qui l’accusait de négligence et de cruauté. Selon Sherman, sur l’instigation de ses parents, Pauline Garon s’est enfuie à New York en 1928, huit mois avant le jugement en divorce. En mars 1929, le divorce est prononcé [Pittsburg Post-Gazette]. Le troisième mariage de Sherman ne sera guère mieux. Il a été également impliqué dans l’histoire d’une mort suspecte qui a secoué tout Hollywood à l’époque. En 1921, invité par Roscoe Arbuckle, Sherman était au St. Francis Hotel lors du fameux party où Virginia Rappe trouvera la mort. Arbuckle fut accusé du viol et du meurtre de la starlette, mais a finalement été acquitté dans cette sordide affaire.

Le 20 février 1940 à Yuma, Arizona, Pauline Garon épouse la vedette de radio John Alban (1903-1978) lors d’une escapade d’une fin de semaine [New York Times, 20 février 1940]. Ils divorcent à une date inconnue, en 1942, selon NorthernStars.

Pauline épouse vers 1953 l’acteur Ross Wilson Forrester (1898-1964). Sa première épouse, Marion Aye, née en 1903, a elle aussi été actrice entre 1919 et 1926. Elle a souffert de problèmes psychiatriques et a fini par se suicider en 1951 après plusieurs tentatives infructueuses pour relancer sa carrière. Pauline aurait été une amie proche de Marion.

De ces mariages, Pauline Garon n’aurait eu aucun enfant.

Une triste fin

Son dernier mari, Ross Forrester, décède le 22 janvier 1964, soit un peu plus de 8 mois avant son propre décès. La fin de sa vie est entourée d’ombres. Dans Wikipedia, on dit qu’elle s’est effondrée en juin 1952 dans les studios du 20th Century Fox, mais sans préciser d’où vient cette information. Dans l’hôpital psychiatrique où elle termine sa vie, les patients y sont internés par ordre judiciaire. Combien de temps a-t-elle été internée dans un hôpital psychiatrique ? Pour quelle(s) raison(s) ? Le mystère reste entier.

Pauline Garon décède à l’âge de 66 ans d’un désordre cérébral le 30 août 1965 à l’institut psychiatrique Patton State Hospital à San Bernardino, Californie. Elle a été inhumée au Holy Cross Cimetery de Culver City, Californie.

[Photo : publicité dans Stars of the Photoplay (1924)]