150 ans de succès internationaux pour les Québécoises

Messine, Sicile, 1870. Albani interprète Amina dans La sonnambula de Vincenzo Bellini. Albani devient par le fait même la première grande vedette internationale du Canada. Ci-dessous, vous trouverez quelques-unes de nos cantatrices démontrant que les succès des Québécoises sont non seulement continus mais représentent le fruit d’une longue tradition.

Emma Lajeunesse, dite Albani (1847-1930). Tous s’accordent pour dire qu’Albani, soprano, est la première grande vedette internationale du Canada. Sa carrière débute en 1870 dans le rôle d’Amina dans le Somnambule de Bellini à l’Opéra de Messine. Elle navigue de triomphe en triomphe : Florence, Malte, Londres, Russie (1873), New York (1874), Venise, Nice (1876). En 1878, elle épouse Ernest Gye, fils du directeur du Covent Garden, et s’établit à Londres. En 1883, après 13 ans d’absence, elle est reçue en triomphe à Montréal. De 1884 à 1888, elle se produit aux Pays-Bas, en Allemagne, dans les pays scandinaves. En 1903, elle fait une tournée en Afrique, en Australie, aux Indes. Elle se produit une dernière fois sur scène le 14 octobre 1911 au Royal Albert Hall.

Lapalme, Béatrice (1878-1921). En 1903, remplaçant au pied levé une cantatrice malade, elle interprète triomphalement le rôle de Musette dans la Bohème au Covent Garden de Londres. Par la suite elle est engagée à l’opéra Lyon de Paris y interprétant le répertoire wagnérien. En 1905, on l’engage à l’Opéra de Paris dirigé par Albert Carré. Elle retourne ensuite à Londres pour 2 saisons avec le Beecham Opera Company.

Gauthier, Eva (1885-1958). Elle est sans doute la première à intégrer les grands compositeurs contemporains ainsi que le jazz dans son répertoire. Après 4 ans à Paris, elle se rend à Londres où la grande Albani la prend sous son aile. Elle est en tournée pendant 2 ans au Royaume-Uni. Elle se joint également à Albani lors de la tournée d’adieu de cette dernière. Elle séjourne ensuite pendant 2 ans à Milan, étudiant l’opéra avec Carigiani et Oxilia et se produit dans Carmen avec l’Opéra de Parvie. Elle part par la suite en Orient où elle séjournera pendant 7 ans. En particulier vers 1910, elle s’installe pendant 4 ans à la cour du sultan de Java pour y étudier la musique traditionnelle de ce pays qu’elle intégrera dans ses spectacles. En 1915, elle s’installe à New York qui devient son port d’attache. Elle contribue à faire connaître Éric Satie, Maurice Ravel, Igor Stravinsky, George Gershwin.

Dumaine, Graziella (1893-1976). Durant la première guerre, elle chante dans les hôpitaux militaires du Mans et d’Angers pour les blessés. Puis en 1919, elle est engagée par l’Opéra de Monte Carlo où elle chante aux côtés de Tito Sipha. Au moment d’être engagée par l’Opéra-comique de Paris, elle tombe gravement malade. Elle habitera Paris jusqu’à sa mort en juillet 1976.

Brault, Cédia (1894-1972). Cantatrice mezzo-soprano, elle interprète Carmen à plusieurs reprises entre 1919 et 1939, année de sa retraite. En 1919, elle fait partie du Manhattan Opera de New York. Cette même année, elle donne le premier récital de Debussy en Amérique. En 1925, elle chante au International Art Center de New York accompagnée par son frère Victor Brault. En 1931, elle donne des récitals à Paris et Londres.

Bruyère, Germaine (1905-2002). Cantatrice soprano de calibre international, elle s’établit à New York en 1935.  En 1938, elle devient la première chanteuse canadienne à se produire avec la New York Philarmonic Orchestra, dirigée par Sir John Barbirolli. En 1940, elle est Beauty dans Beauty and the Beast de Vittorio Giannini au Carnegie Hall. Elle chante également à Philadelphie et au Congress Hall de Washington. À la radio on l’entendit à la National Broadcasting, à la Columbia, NBC, CBS, Radio-Canada. Elle déménage à son mariage en 1941 à Williamsburg, Virginie.

Delisle, Violette (1906). Originaire de Québec, de 1930 à 1939, elle séjourne en Europe. Elle joue Rosine dans Le Barbier de Séville dans les principales villes de France avec André Baugé. Elle joue également en Belgique et en Allemagne. De retour à Québec en mai 1939, la guerre qui éclate en septembre l’oblige à rester au pays. 

Alarie, Pierrette (1921-2011). Soprano, en 1945 et 1946, elle chante avec le Metropolitan Opera de New York, du Verdi, du Offenbach et est soliste au réseau NBC. En 1948, elle entre à l’Opéra comique de Paris. Elle se retire en 1970.

Pâquet, Marguerite (1916-1981). Boursière du gouvernement québécois, elle s’embarque pour Paris en 1952. Elle y séjournera pendant 18 ans. C’est le début d’une brillante carrière internationale. Notons au passage qu’elle se produit au Carnegie Hall de New York et au Théâtre Colon de Buenos Aires. Elle chante aux côtés de Jacques Brel dans son opéra L’Homme de la Mancha et, en 1956, est une des douze solistes au mariage du siècle du prince Rainier de Monaco et Grace Kelly, organisé par le célèbre armateur grec, Aristote Onassis. On la considérait également comme une habile comédienne.

Et nous pouvons continuer ainsi jusqu’à Céline Dion. Mon Dictionnaire des artistes québécoises (1900-1940), dont la sortie est prévue à l’automne, vous présente plus de 400 artistes qui, sans avoir de carrière internationale pour la grande majorité, incarnent une solide tradition artistique chez-nous. On les retrouvera au théâtre, au cinéma, à la radio, en musique.

Albani-1925