Des Lussier pionnières au théâtre et à Hollywood

Non. Héléna Veilleux, alias Nanette Bordeaux, ne fut pas la première Québécoise francophone à s’illustrer à Hollywood. Je m’en excuse bien humblement. Cet article tente de retracer les grandes lignes de la carrière artistique de deux Québécoises de la même famille, mais pas de la même génération. Angélina Lussier, alias Blanche de la Sablonnière, qui s’est illustrée dans le théâtre d’ici et sa nièce Yvonne Lussier, alias Fifi d’Orsay, qui a été actrice à Hollywood dès 1929.

Un bref portrait familial

Le grand-père d’Angélina, Christophe Lussier (fils d’Isidore et Geneviève Drolet) épouse Josephte Audette dit Lapointe (fille de Ignace et Angélique Pelletier) le 30 janvier 1832 à La Présentation de la Sainte-Vierge (comté St-Hyacinthe). Il est maître menuisier. Dans le BMS2000, on retrouve quatre enfants :

Louis Thomas Isidore Lussier nait le 27 août 1833 et est baptisé le même jour à Notre-Dame du Rosaire, Saint-Hyacinthe. Isidore épouse Marie Alida Brunelle (fille de Louis et Sophie Vandandaigue-Dubois) le 26 juin 1865 à Notre-Dame du Rosaire, Saint-Hyacinthe. Ce sont les parents de Blanche de la Sablonnière et les grands-parents de Fifi d’Orsay. Alida Brunelle aurait été artiste de music-hall selon le site de Bibliothèque et Archives Canada.

Jean Camille Christophe Lussier nait 12 février 1835 et est baptisé le même jour à Notre-Dame du Rosaire, Saint-Hyacinthe. Camille épouse Marie Lebris-Kérouac (fille de Léon et d’Éléonore Létourneau) à la Cathédrale de St-Hyacinthe le 27 janvier 1864. BMS2000 retrace 11 enfants nés entre 1865 et 1885 à St-Hyacinthe.

Marie-Louise Vitaline Lussier nait le 13 octobre 1836 et est baptisée le lendemain à Notre-Dame du Rosaire, Saint-Hyacinthe. Marie-Louise Vitaline épouse François-Xavier Côté (fils de François-Xavier et Catherine Morin) le 30 avril 1857 à Notre-Dame de Montréal.

François-Xavier Nicolas Norbert Lussier nait le 6 décembre 1839 et est baptisé le lendemain à Notre-Dame du Rosaire, Saint-Hyacinthe. Norbert épouse Amelia Collins (fille de Jean et Rachel-Elizabeth Stames) à Marie-Reine du Monde, Montréal, le 28 octobre 1868. BMS 2000 retrace une fille, Marie-Anne Camille, née le 25 et baptisée le 27 mai 1873 à Sainte-Brigide de Montréal.

La famille figure probablement parmi les notables de St-Hyacinthe. Le 6 décembre 1862, Isidore Lussier et ses frères Camille et F.-X.-N.-Norbert, deviennent propriétaires éditeurs du Courrier de Saint-Hyacinthe, fondé en 1853 par P.J. Guitté. En 1861, Camille, venu de Montréal, avait pris la direction du journal. En 1865, ce dernier devient le seul propriétaire ce, pendant 10 ans. Norbert Lussier, quant à lui, va fonder le Messager de Joliette en juillet 1863. [source 1source 2]

Blanche de la Sablonnière

lussier-angelinaSelon toute vraisemblance, Blanche de la Sablonnière serait Marie Louise Christine Angélina Lussier née le 25 janvier 1866 et baptisée le lendemain à la Cathédrale de St-Hyacinthe. Angélina épouse Joseph Tremblay (veuf de Fabiola Nolet) le 31 juillet 1897 à Notre-Dame de Montréal. Le BMS2000 indique la naissance de Joseph Georges-Raoul-René-Isidore-Roméo le 17 décembre 1897 aux Éboulements dans Charlevoix. Si c’est bien leur enfant, il serait né moins de 5 mois après leur mariage. Joseph Tremblay est propriétaire de plusieurs salles de théâtre et de cinéma, dont la salle Jacques Cartier à Québec.

Blanche a au moins une sœur, Marie Rose Régina Léda Lussier, née le 24 août 1867 et baptisée le lendemain à la Cathédrale de St-Hyacinthe ; et un frère, Joseph-Henri Lussier qui épouse Blanche Beaupré (fille de Damien et Philomène Caisse) le 8 septembre 1897 à Notre-Dame de Montréal.

Selon le Dictionnaire des artistes du théâtre québécois, le poète Louis Fréchette aurait surnommée Blanche de la Sablonnière, « la Sarah Bernhardt canadienne ». Considérée comme la première comédienne professionnelle francophone née au Québec, elle débute sa carrière en 1886 avec la fondation de la Compagnie franco-canadienne, partageant la vedette avec Louis Labelle. Elle participe à l’ouverture du Théâtre des Variétés en 1898, du Renaissance en 1899 et du Théâtre National en 1900. En plus d’être comédienne, Blanche est chanteuse, pianiste et organiste. Après 30 ans sur scène, elle se serait retirée lors de la première guerre mondiale. Le Dictionnaire indique qu’elle serait décédée en 1966, donc centenaire ou presque. Je n’ai toutefois pas pu corroborer la date de son décès.

Fifi d’Orsay

Fifi-D-OrsayYvonne Lussier, alias Fifi d’Orsay, serait née Marie Rose Angelina Yvonne Lussier le 16 avril 1904 à Montréal, selon Northernstars. On l’a dit nièce de Blanche de la Sablonnière, donc probablement fille de Joseph-Henri Lussier et Blanche Beaupré. Il faudrait son acte de naissance afin de pouvoir confirmer hors de tout doute. Toutefois, le Guide Lowell des rues de Montréal (M-Z page 111) nous donne un autre indice. En effet, un J H Lussier habite 1138 rue St-André, au nord de Marianne (ancienne numérotation des rues) en 1909-1910. Le Northernstars affirmant qu’elle habitait sur St-André, nos données se recoupent même sans son acte de naissance. Un certain I. Lussier habite aussi sur St-André, au 1293 (nord de Mt-Royal).

Toujours selon le Northernstars, son père est commis aux postes et elle vient d’une famille de 12 enfants. Nous avons retracé une sœur, Marie Blanche Juliette Lussier, née le 1er juillet 1899 et baptisée le lendemain à St-Jacques, Montréal. Et un frère, Roger Lussier qui épouse Nevia Vinciarelli (fille de Pietro et Lucia Dazzi) le 11 juin 1935 à Sacré-Cœur-de-Jésus, Montréal.

Dactylographe, elle rencontre par hasard la chanteuse Helen Morgan, alors en tournée à Montréal. Yvonne décide de partir pour New York et reprend contact avec cette dernière qui va lui donner un coup de main dans ses démarches. En 1923, elle auditionne pour le Greenwich Village Follies. Elle chante alors Yes, We Have No Bananas en français. Elle fabule un peu, racontant qu’elle est Française et avait travaillé aux Folies bergères. Le directeur l’engage et la baptise Mademoiselle Fifi. Elle travaillera aux côtés d’Edward Gallagher, qui sera son mentor, du duo de comédiens Gallagher and Shean, pendant 2 ans. Elle continue à Broadway avec Herman Berrans dans des sketchs écrits par Herman Timber, qui écrit notamment pour les Marx Brothers.

Mais Hollywood l’appelle. C’est là qu’elle adoptera le pseudonyme d’Orsay, du nom de son parfum préféré. Sa carrière cinématographique débute avec le film They had to see Paris en 1929. Dans les 6 années qui vont suivre, elle obtiendra des rôles importants dans 16 autres films, dont trois dirigés par Raoul Walsh, deux par Frank Borzage et un par Ernst Lubitsch. Parmi les films les plus connus de cette époque, citons The Life of Jimmy Dolan, avec Douglas Fairbanks Jr et Going Hollywood avec Bing Cosby.

Lors de la décennie suivante (1937-1947), ses engagements se font plus rares. Elle joue dans 8 films qu’on pourrait classer série B. Dans les années 1950, elle retourne à New York et joue au Palace Theater. Elle obtient également de rôles à la télévision dans des séries comme Bonanza (1954) ou Perry Mason. À cette même époque elle joue dans ce qui deviendra ses derniers 6 films. En 1971, à l’âge de 67, elle tient le rôle Solange Lafitte dans la comédie à succès de Broadway, Follies d’Harold Prince.

Surnommée la Bombe française (The French Bombshell), Fifi D’Orsay s’est mariée deux fois. La première fois avec Maurice Hill, la seconde avec Peter LaRicos, mais elle n’a pas eu d’enfant. Le 2 décembre 1983, à l’âge de 79 ans, elle décède du cancer à Woodland Hills, Californie. Elle est inhumée au Forest Lawn Memorial Park Cemetery à Glendale, Californie.

Vous pouvez consulter sa filmographie sur IMDb.

Post sciptum

Le recensement 1911 confirme l’ascendance d’Yvonne Lussier. Au 1138 St-André, habitent Henri Lussier (employé du gouvernement fédéral, né en avril 1873), Blanche, son épouse (avril 1878), leurs enfants : Yvonne (avril 1904), Alice (février 1906), Yvon (février 1911).