Zachary Richard – Une œuvre nécessaire sur un drame oublié

Vendredi dernier, j’ai eu la chance de voir un film du réalisateur acadien émérite Phil Comeau présenté dans le cadre du FIFA au Centre canadien d’architecture. La chance, car malheureusement il est souvent difficile de voir les films documentaires réalisés et tournés en français en Amérique du Nord. Le sujet principal du film est justement l’un des artistes francophones les plus importants des Amériques : Zachary Richard, Toujours batailleur, auteur compositeur et interprète d’expression française de Louisiane, donc citoyen américain et surtout artiste phare de la diaspora acadienne depuis plus de 40 ans.

Cette dernière dimension de l’identité de Zachary Richard est au cœur de cet opus de Phil Comeau, lui-même acadien errant qui, depuis près de 40 ans, a tourné dans tous les coins du monde des films aux sujets variés, mais tournant souvent autour de l’identité acadienne. Il a notamment réalisé Le secret de Jérôme (1994), premier long métrage acadien indépendant de fiction. Il s’est vu décerné d’innombrables prix et distinctions dont l’Ordre du Canada, l’Ordre du Nouveau-Brunswick, l’Ordre des francophones d’Amérique et l’Ordre de la Pléiade en France.

Le film suit l’artiste acadien Zachary Richard dans sa quête afin de comprendre pourquoi il est un résistant dans cette Amérique où l’assimilation des francophones semble inéluctable. À travers sa généalogie Richard et Boudreau, on assiste au parcours d’un peuple qui, lentement au 17e et 18e siècle s’est adapté à son nouvel environnement, l’a transformé pour le faire ressembler à la France d’origine et finalement avoir un niveau de vie enviable pour l’époque.

Voilà que tout cela s’est effondré à l’été 1755 par l’avis de déportation et de dépossession dont les familles acadiennes furent victimes. Débute alors ce que les Acadiens eux-mêmes, non sans ironie, ont appelé le Grand dérangement et qui n’est en fait que l’un des nettoyages ethniques les plus brutaux et les mieux organisés de l’histoire nord-américaine. Plusieurs parlent carrément de génocide puisque sur une population s’élevant à environ 15 000 en 1755, au moins la moitié aura trouvé la mort avant la fin de cet épisode sombre de l’histoire coloniale britannique en 1764, surtout de jeunes enfants et des vieillards.

Telle est cet épisode de notre histoire dont on parle bien peu et que cet œuvre documentaire ramène à l’avant de la scène avec courage. S’il n’y avait que ça, ce serait déjà pas mal ! Mais ce film est aussi une œuvre totale du point de vue cinématographique. Même si la qualité des images de Bernard Fougères ne se laissait guère voir à cause de la piètre qualité de la projection qui nous fut offerte, on les devinait grandiose, reflet des paysages spectaculaires des Maritimes et des bayous Louisianais.

Quant au scénario de Phil Comeau, il est réglé comme un ballet russe, nous conduisant à suivre la quête identitaire de Zachary Richard comme un thriller passionnant et, surtout, émouvant. Les intervenants qui aident Zachary Richard dans ses pérégrinations sur les lieux où ses ancêtres ont prospérés et d’où ils ont dû fuir ou être déporté, sont crevants d’authenticité et transmettent aux spectateurs les émotions contradictoires qui les habitent. Quelle chance et quelle résilience ont permis au peuple acadien de survivre et de revendiquer, non seulement son droit de cité, mais bien aussi son droit de se souvenir, de ne jamais oublier ce que nos ancêtres ont subis pour qu’aujourd’hui on puisse s’épanouir malgré le spectre de l’assimilation qui ne plane jamais bien loin des francophones aux Amériques.

Alors, chapeau à Phil Comeau pour son audace et même son courage de faire œuvre belle, mais aussi utile. Chapeau aussi à Zachary Richard. Élevé dans une Louisiane où même les leaders cajuns incitaient leurs concitoyens à abandonner le français pour devenir de vrais Americans, il s’est fait résistant, batailleur. Et batailleur il est resté dans son œuvre originale, inspirée par les traces profondes laissées dans son identité par la sédimentation des siècles qu’ont vécus ses ancêtres en terre d’Amérique. Une autre belle preuve que rien ne sort de la cuisse de Jupiter et que l’on ne doit pas renier ses origines et plutôt bâtir sur celles-ci. Comme son homonyme biblique qui annonçait la nouvelle Jérusalem, peut-être Zachary Richard annonce-t-il la nouvelle Acadie qui par ce film de Phil Comeau tente de se libérer de ses vieux tabous. Bref, Zachary Richard, toujours batailleur un film à voir absolument.

Stéphan Bujold, président
Fédération acadienne du Québec

Zachary Richard, toujours batailleur (2016)
Scénario et réalisation : Phil Comeau
Image: Bernard Fougères
Distribution: Bellefeuille Production Ltée
Montage: Julien Cadieux
Musique: Serge Arseneault
Producteur: Jean-Claude Bellefeuille
Production: Bellefeuille Production Ltée
Une production membre de l’APFC (Alliance des Producteurs Francophones du Canada)

PRIX DU PUBLIC – 30e Festival international du cinéma francophone en Acadie, Moncton (ressorti hors de 91 films présentés au festival)

MEILLEUR LONG MÉTRAGE – 30e Festival international du cinéma francophone en Acadie, Moncton (voir la citation du jury international, ci-bas)

GRAND PRIX DIRECTOR’S CHOICE – 12e Festival Cinema on the Bayou, Lafayette, Louisiane, É-U

Affiche film ZACHARY-550