Violette Delisle, soprano coloratura

De retour au Québec en 1939, Violette Delisle interprète Rosine dans Le Barbier de Séville de Rossini, rôle qui l’a rendue célèbre en Europe. Lionel Daunais joue le rôle-titre. Marcel Valois de La Presse souligne le talent de cette«[c]laire et limpide soprano (…) Sa voix riche est étendue et les vocalises sont pour elle un jeu.»[Sur la scène et dans les coulisses – Charles Goulet, Ministère des affaires culturelles du Québec 1981]. Qui était cette cantatrice ?

Delisle-VioletteViolette Delisle est née en septembre 1906 sur la rue Sainte-Ursule, dans le Vieux-Québec. Étudiante au Couvent du Bon Pasteur, elle commence à s’intéresser à la musique vers l’âge de 6 ou 7 ans. Vocalisant en écoutant les disques de Galli-Cursi, une religieuse américaine, Sœur Marie Stella, remarque sa voix et la confie au professeur Émile Larochelle [Radiomonde, 17 février 1940].

Excellente violoniste, elle étudie le chant à Québec et participe à plusieurs concerts. Déjà en 1924, elle joue du violon au mariage George Welland Fuller et Yvette Marquis en l’église Sacré-Cœur-de-Marie sur Grande-Allée [Quebec Chronicle, 23 avril 1924]. Les élèves d’Émile Larochelle donnent un concert le 17 mai 1926. Parmi eux on retrouve Roméo (qui deviendra Raoul) Jobin et Violette Delisle [La Lyre, juin 1926]. Lors du départ dudit futur Raoul Jobin pour l’Europe, elle chante lors de son concert d’adieu [L’Action catholique 12 septembre 1928].

À Paris

Violette Delisle est donc déjà connue lorsqu’elle s’embarque en novembre 1930 sur le Moncalm afin de poursuivre ses études musicales à Paris, sous la direction de Mme d’Estainville. Cette dernière a eu également comme élève Raoul Jobin [Le Soleil, 10 novembre 1930]. La soprano coloratura, qui étudie à Paris, passe le temps des Fêtes sur la Côte d’Azur [Le Soleil, 2 janvier 1931]. Le quotidien Le Soleil va régulièrement commenter ses déplacements en Europe. Dès 1932, elle semble déjà avoir des engagements à Paris [Le Soleil, 3 août 1932]. On parle même d’elle comme une révélation. Violette Delisle, parfois appelée de Lisle, interprète des œuvres de Mozart, Saint-Saëns, Boccherini, Rachmaninov, etc. en compagnie d’artistes de renom, Madame Ritter-Ciampi, René Leroy, Beaulmé, Victor Prahl, Madame de Monighetti. Elle chante en juin dans le salon de la marquise de Saint-Paul devant la haute société, dont le prince et la princesse Nicolas de Grèce. [La Presse, 4 août 1932].

En 1933-34, elle passe quelques mois au Québec, chantant à Montréal en compagnie de Grisha Golubof et Jean-Marie Beaudet dans un concert au profit de l’hôpital de la Merci [Le Devoir, 3 mars 1934]. Elle donne plusieurs concerts et participe à plusieurs émissions de radio avant de retourner en Europe. En 1935, elle est en tournée aux États-Unis avant de s’arrêter au Québec en novembre. Elle semble être restée au Québec un certain temps, se produisant notamment au Palais Montcalm [Le Soleil, 10 janvier 1936]. À l’automne 1936, elle reçoit une bourse du gouvernement du Québec afin de retourner étudier en Europe [Le Bien public, 1er octobre 1936].

En 1937, la tournée qu’elle fait en France avec le baryton André Baugé est qualifiée de triomphale. Elle interprète Rosine dans Le Barbier de Séville [L’Action catholique, 26 avril 1937].

Retour à Québec

Elle est de retour à Québec en mai 1939 [Le Soleil 6 mai 1939]. La guerre qui éclate en septembre l’oblige à rester au pays. Mais elle ne chôme pas, se produisant régulièrement sur scène et à la radio, dont à l’émission Arabesque de Radio-Canada. Elle apparaîtra régulièrement dans cette émission pendant plusieurs années. Elle montre son caractère en négociant elle-même ses cachets [Radiomonde, 17 février 1940]. Elle chante également avec les Variétés lyriques de Lionel Daunais et Charles Goulet [Voir, par exemple, Radiomonde, 8 novembre 1941].

Le 22 août 1942 à Notre-Dame de Québec, le docteur Antoine Couture, fils d’Étienne-Philippe Couture et d’Emma Demers épouse Violette Couture, fille de Joseph Delisle et de Rose Siméon. Le mariage du couple est un événement mondain relaté dans les journaux. On y apprend que le couple va passer son voyage de noces au Lac Louise, dans le parc Banff.

Le 11 avril 1944, Le docteur Antoine Couture, Violette DeLisle, le docteur Norbert Bourgault et son épouse Marie Tanguay se constituent en société afin d’acquérir l’hôpital Bellevue situé sur le chemin Ste-Foy [Gazette officielle du Québec, 13 mai 1944].

On l’entendra régulièrement dans des concerts et à Radio-Canada dans les années 1940 et 1950. Elle sera également sur le conseil d’administration du Club musical des Dames [Le Soleil, 20 septembre 1952]. Après 1957, elle semble s’être retirée.

Le docteur Antoine Couture décède le 28 avril 1966 à l’âge de 59 ans. Le couple habite à ce moment au 1286 Lemoine à Sillery. Il est inhumé au cimetière St-Charles [L’Action, 30 avril 1966].

La guerre, et probablement son mariage aussi, a mis fin à la carrière internationale de Violette Delisle, qui a tout de même continué à chanter au Québec pendant près de 20 ans. Comme pour bien des vedettes de cette époque, on ne retrouve aucune notice biographique sur elle en parcourant internet. Du moins jusqu’au présent article qui n’a pas d’autres intentions que de nous rappeler notre devise.

Note : Il y aurait une autre artiste au Québec du nom de Violette Delisle, Madame A. Lafrenière [Voir par exemple, Le Devoir du 18 mai 1937].