Violette c Adèle


Violette

« Je m’en irai comme je suis arrivée. Intacte, chargée de mes défauts qui m’ont torturée. J’aurais voulu naître statue, je suis une limace sous mon fumier. » Violette Leduc, La Bâtarde

Tout un cinéma! Deux productions aux protagonistes lesbiennes diffusées simultanément dans un même complexe! Rare. Toutefois, ce ne sont pas des comparables. L’un a retenu l’attention à Cannes, je ne vois d’autres explications que la conjoncture (les manifestations contre le mariage gai en France). Adèle arrivait à brûle-pourpoint, sans plus. L’autre, Violette, sera considéré cinéma répertoire, cinéma d’auteur par son aspect non seulement biographique, mais parce qu’il parle de femmes, écrivaines de surcroit. Il vaut un large public.

La vie d’Adèle. Je n’ai pas aimé. J’anticipais un film voyeur au scénario ténu, c’était pire. Des longueurs, un abus de très gros plans insignifiants (le réalisateur rêvait-il d’une fellation tant il insiste sur la bouche?), des scènes de bouffe, la gueule ouverte et pleine au risque de se cracher dessus, la morve au nez — inutile! Et ces plans d’Adèle dormant… pris afin de mettre en évidence le postérieur de la dame… facile. Le déroulement du temps mal rendu. Bref.

Au moins, pas de suicide ou de fin dramatique – j’ai cru un moment que l’on n’y échapperait pas. Et, pour ceux et celles qui en doutaient, démonstration est faite que des femmes jouissent sans homme et sans godemichet (CQFD?). Une histoire diluée alors que plusieurs éléments auraient gagné à être davantage exploités, telles les réactions lesbophobes des copines lycéennes, la double vie en fonction des milieux de travail (montrée mais sans les enjeux). Ce que j’ai préféré? La bande-annonce de Violette.

Violette. Se percevoir indésirée l’a-t-elle amenée à se voir si laide? La bâtarde ne laisse pas indifférente dans sa quête impossible d’amour et de reconnaissance. Cette battante, peu douée pour le bonheur, finira-t-elle par se trouver une place au soleil? Poussée à écrire d’abord par Maurice Sachs, Violette Leduc devient par la suite la protégée de Simone de Beauvoir, persuadée du talent qu’elle découvre. La Leduc incarne-t-elle l’émotion pure dont la philosophe semble parfois si loin? Un bien étrange duo. L’engagement de l’une et l’amour de l’autre donneront naissance à une œuvre, à une écrivaine.

En soi, le scénario aurait pu être une pure fiction : le récit débute pendant la Seconde Guerre, on y traite de la question de la relation à la mère et de celle à l’écriture comme exorcisme. Il a le mérite d’être biographique. Il touche à plusieurs personnalités publiques — on aurait apprécié en savoir plus —, mais surtout dévoile une œuvre. Les citations, choisies avec soin, créent l’émotion.

Dans Séraphine, Martin Provost avait rendu attachant son personnage. Avec Violette, un bémol, est-ce dû à l’individu ou à son rendu? L’écrivaine maudite en son temps n’était pas connue pour son caractère facile : personne à la vie rude, elle affina son expression dans l’écriture. On aurait peut-être souhaité mieux sentir le gouffre émotif de l’autofiction, la douleur du plongeon, la relation tordue à soi et aux autres.

Toutefois, voilà un réalisateur qui ne craint pas de consacrer son art à des créatrices peu connues du grand public, dans des duos mettant en scène leur bienfaiteur et bienfaitrice. Est-ce la position qu’il adopte ce faisant? Peut-être faudrait-il le psychanalyser…

Quoiqu’imparfait, Violette mérite d’être vu et écouté, Violette Leduc d’être connue et lue.

[Blogue de Colette Bazinet – Photo tirée d’un site consacré à Violette Leduc - Bande annonce de Violette.]