Arts visuels : « Varium et mutabile » de Philippe Morbidique Mayer et Dominique Desbiens

valiumPhilippe Mayer, aussi connu sous le nom de Morbidique, est né en Abitibi Témiscamingue. Très tôt, il ressent le besoin de créer. Depuis qu’il est arrivé à Montréal, en 1993, il expose ses œuvres dans divers milieux de diffusion, participant à plusieurs expositions.

Dominique Desbiens est un artiste touche-à-tout. Outre la peinture, il fait de l’illustration — comme son compère Philippe Mayer — des murales, des couvertures de livres. Il écrit un peu. En 2007 il a sorti un livre d’images et de courts poèmes intitulé « Il manque aux humains un prédateur ».

Les deux artistes sont des performeurs habitués de la très courue soirée V.I.P, — le Virus d’Improvisation Picturale —, qui a lieu tous les mois de l’hiver au bar le Belmont sur St-Laurent.

Les deux artistes aiment collaborer ensemble. Leurs styles s’accordent. « J’avais fait la demande pour exposer à tous les deux séparément. Ils sont revenus en me demandant de faire leur exposition ensemble et j’ai accepté » nous confie le galeriste Daniel Roberge, propriétaire de Zéphyr lieu d’art sur la rue Amherst. Morbidique Mayer nous parle du lien qu’il l’unit à Dominique Desbiens : « Je peux raconter une longue collaboration et un jumelage naturel car on a  la même philosophie artistique, des couleurs ressemblantes. Nos œuvres figuratives symboliques s’inspirent de l’être humain. »

« Varium et Mutabilis Semper » a dit Virgile. La foule sans nom. Voilà qui inspire beaucoup. L’exposition que nous offrent Mayer et Desbiens présente des personnages en transition. « La modèle  de mes toiles, l’artiste Melsa Montagne, n’est pas le sujet principal. Toute la série est travaillée en fonction de l’émotion, de la tension, de la révolte, de la rage et de la recherche de liberté. » résume Morbidique.

C’est une Melsa sur le vif qu’il dépeint. Stupeur, effroi, rage de surmonter, ce ne sont que quelques-uns des sentiments qui s’incrustent rapidement en soi lorsqu’on aperçoit les tableaux. La Melsa de « expression du vice » a trois visages qui explosent, on imagine là un cri très sonore ! « Toutes les œuvres de ma série sont faites sur un même thème : l’internement psychologique. La bête en cage qui bouillonne dans notre tête ». La facture réaliste est impressionnante — les deux artistes sont d’un réalisme assez surprenant. Ils maîtrisent très bien leurs pinceaux.  

Les portraits de Dominique Desbiens contrastent avec ceux de son acolyte. De la rage extériorisée des premiers ressort le calme incertain des seconds. Les yeux fermés ou  l’air « entre deux poses » de ses sujets nous amènent à attendre un léger mouvement ou une parole. Un effet délicieux.  Il se dégage de ses tableaux une certaine lourdeur, cependant dénuée de toute angoisse.

Il n’y a pas que des portraits. Desbiens expose aussi une séries d’abstractions lyriques, tâchées, marbrées — en aplats couche par couche —, dominées par les verts, les bleus et les rouges, qui viennent casser la chromatique bicolore des tableaux de visages. L’ambiance dans la salle s’en trouve changée. Il y a également deux peintures de trains qui attirent l’œil dans un dédale linéaire près de l’abstraction. Un flou rend la chose inquiétante et mystérieuse.

Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je vous invite à vous rendre à la galerie pour vous faire votre propre idée. « Varium et Mutabile » est très certainement à mettre à l’agenda des amateurs de bonne peinture. « Ce sont des artistes qui maîtrisent bien leur genre. Ils ne sont pas là pour plaire, ils suivent leurs sentiments » répond le galeriste Daniel Roberge lorsqu’on lui demande ce qu’il pense de ses artistes.

« Varium et mutabile »
Galerie Zéphyr, 2112 Amherst
Montréal, Qc, H2L 3L8
Jusqu’au 3 janvier 2014

[Page Facebook de l’exposition – Site de Philippe Morbidique Mayer – Site de Dominique Desbiens – Site de Zéphyr lieu d’art.]