Un Huron à la radio en 1928

Se souvient-on que le premier annonceur francophone à la radio hors d’Europe était un Huron de Wendake ? Oscar Bastien, en Wendat Wa-Wen-Da-Ro-Len, celui qui sait parler, a eu pourtant un parcours exceptionnel.

Oscar Bastien est né le 6 mai 1894 dans ce qu’on appelait alors la réserve indienne de Lorette, aujourd’hui Wendake, près de Québec. Son grand-père, Maurice Sébastien Agniolen, était grand-chef de la nation Wendat. Son père, Antoine Sébastien Wawendarolen, a été le premier agent des indiens, officier du gouvernement fédéral, d’origine autochtone. Le nom de famille Bastien est la version tronquée du prénom Sébastien. Les Bastien sont des descendants directs du grand-chef huron Kondiaronk, décédé lors des négociations de la Grande paix de 1701.

La mère d’Oscar, une Canadienne-française formée chez les Ursulines de Québec, lui inculque l’amour du français. Elle l’envoie au Séminaire de Québec où Oscar fait son cours classique. Il poursuit en Droit à l’université Laval. À cette époque, il rédige les chroniques des Tribunaux et des Théâtres pour le quotidien le Soleil.

Fait à souligner, c’est lui qui est désigné en 1906 pour lire, au nom des Hurons du Canada, l’adresse au futur George V lors de sa visite au pays.

Un grand sportif

Bambin, il impressionne déjà les touristes grâce à son habilité au tir à l’arc. Il peut atteindre une pièce de 5 ¢ à une cinquantaine de mètres. À l’aviron, il gagne avec son frère Philippe d’importantes frégates dans la région de Québec. Il est également un des meilleurs joueurs de hockey de l’université Laval même s’il n’est pas bâti comme un colosse.

Ses débuts

En 1918, Oscar Bastien s’installe à Montréal. Il ne connait personne mais réussit à être engagé comme rédacteur du catalogue de la Maison Dupuis. Il passe ensuite à la Maison Simpson de Toronto en tant que publiciste français. Mais l’aventure l’appelle. Il se fait embaucher à bord d’un océanique à titre de sous-officier. Il voyage de la Méditerranée aux Antilles.

Il s’installe ensuite à New York où il interprète des danses traditionnelles dans des hôtels et des boîtes de nuit. Plus tard, il jouera également au cabaret le Matou botté et au Monument national à Montréal. Il sert également d’interprète à la Cour de l’Amirauté de New York.

La radio

Récemment revenu de New York, un attaché ne s’étant pas présenté, on fait appel à lui d’urgence à la direction de l’Associated Broadcasting Company. Le 29 février 1928, il est engagé comme annonceur francophone à la radio CFCF-Marconi, basée à Montréal. Veuillez noter que la date de ses débuts à la radio est tirée de l’article de Radiomonde en 1939. Elle est précise et plus crédible que les autres dates (dont 1922) données dans des articles de beaucoup ultérieurs (voir les références plus bas). On entendra sa voix au Canada comme aux États-Unis. Il est de toutes les émissions francophones d’importance, dont La Chansonnette française et L’Heure du crépuscule, jusqu’au moment où il se retire en 1942.

Durant la guerre, il est animateur au Plan Bouchard. Selon le reportage de Radio-Canada, par la suite il sera aussi producteur de spectacles, traducteur à Toronto, majordome à New York et marchand d’art amérindien à Sainte-Adèle. Robert Prévost parle qu’il se consacra avec sa femme au commerce d’artisanat. Les épisodes de Toronto et New York seraient antérieures à la radio. Il prend sa retraite à l’âge de 72 ans, soit vers 1966.

Sa personnalité

Selon Langaran, il est toujours impeccablement vêtu, joyeux, poli, généreux. Il a un grand sens de l’humour et possède une grande culture. Il est connu et aimé de tous les Montréalais. Non seulement il n’a jamais renié ses racines huronnes mais il les porte avec fierté. Oscar Bastien décède le 20 juin 1991 à l’hôpital d’Argenteuil de Lachute à l’âge vénérable de 97 ans. Il est inhumé au cimetière de Wendake.

Sources

Oscar Bastien alias Wa-Wen-Da-Ro-Len – Par Jacques Langaran – Radiomonde, 15 février 1939.

Reportage à Radio-Canada en 1988.

Bilan du siècle.

Mémoire du siècle.

Lignes du temps.

Mon tour du jardin, par Robert Prévost.

Premières Nations, premiers rôles.

Bastien-Oscar