Un amoureux de la vie, François Mercier

mercier-1François Mercier porte différents chapeaux. À la fois peintre, écrivain, conseiller pédagogique, passionné de la vie, amoureux, il aime profiter pleinement de son existence. Il a récemment  publié son deuxième roman, Un Joe Louis au parc Viger, aux éditions de La Semaine. Écrire ce livre a été un plaisir pour l’auteur :  « Ce qui est loin d’être dans ma nature, je me levais à 6 heures du matin pour commencer à écrire. Je commençais un chapitre tous les lundis. Au jeudi j’avais peut-être 40 pages d’écrites, et finalement je faisais une synthèse et je réduisais ça à 5 ou 6 pages ! » Bazoom.ca est allé le rencontrer pour discuter du livre, de l’homme et de l’avenir. Le romancier s’est livré à l’exercice avec toute la générosité qui le caractérise.

La plupart des gens « se définissent par leur carrière », nous dit-il. Mais « si on me demande ce que je suis, un peintre, un conseiller ou un écrivain, je réponds simplement que je suis un homme de cœur, un passionné, un homme engagé dans tout ce qu’il fait ».  François Mercier a choisi de travailler à 60 % de son salaire en prenant 10 mois de sabbatique aux trois ans. En plus de lui permettre de peindre et d’écrire, ce temps lui permet également de faire du bénévolat. Chose qu’il a toujours faite. « Sinon, je me regarde le nombril et je me sens malheureux », dit-il.

Un bel accueil

Un Joe Louis au parc Viger, a reçu un très bel accueil de la part du public. L’auteur reçoit beaucoup de messages de lecteurs qui se sentent touchés par son écriture. Les sujets qu’il aborde sont sensibles et ne font pas toujours l’unanimité. Malgré cela, il a réussi à se construire un lectorat qui le suit depuis son premier roman, Les rendez-vous secrets, publié il y a 5 ans.

Mercier nous explique qu’il avait reçu plusieurs demandes de gens qui souhaitaient une suite au premier roman. Il ne voulait cependant pas écrire une suite directe. Mais dans Un Joe Louis au parc Viger, il y a tout de même un personnage du premier livre qui s’invite dans l’histoire. «Ceux qui voulaient avoir des nouvelles de Félix, seront satisfaits ».

Mais qu’est-ce que la littérature ?

L’auteur d’Un Jos Louis au parc Viger aime « éveiller les prises de conscience ». Il ose aborder des thèmes tabous comme l’homosexualité chez les musulmans, le suicide du père, l’hyper sexualisation et la banalisation du sexe dans notre société. Pour lui, écrire, c’est ouvrir une fenêtre pour mieux saisir l’ampleur d’une situation ou d’un état. « L’art est là pour nous amener à comprendre quelque chose différemment, apporter un autre regard sur la réalité ».

Mercier croit que la lecture favorise la réflexion, et la prise de conscience. « Ce n’est pas comme le cinéma. Lire nous permet de mieux comprendre ce que le personnage vit de l’intérieur et peut-être ainsi, briser des préjugés. »

Écrire est aussi un moyen d’apprivoiser ses démons. David, un des personnages du roman, par pure compassion, aide un itinérant à mettre fin à ses jours. « Je souhaitais ainsi aborder l’aspect de l’entraide, de la solidarité, et de la connivence avec l’étranger, avec celui qui n’est ni un ami, ni un membre de la famille. Simplement par humanité ».  François Mercier nous confie que d’écrire sur le sujet lui a permis d’être encore plus sensible à la dure réalité de l’itinérance. 

Sujets chauds, réactions froides ?

Les sujets évoqués par l’auteur apportent leur lot de défis.  Comment, par exemple, réussir à rejoindre un large public avec un roman dont les personnages principaux sont homosexuels ?  

« C’est certain que si le héros de mon roman était hétérosexuel, j’aurais certainement plus de visibilité et un plus grand succès », a-t-il confié.

Aussi, raconter une histoire d’amour et d’intimité entre deux hommes dont l’un est musulman et  l’autre catholique, limite l’accessibilité et la distribution.  « Pour nous québécois, une histoire d’amour entre deux hommes est permise, et ce, indépendamment de leurs croyances religieuses. Par contre pour plusieurs musulmans, il est inacceptable qu’un homme puisse aimer un autre homme, seule la relation sexuelle demeure permise, les sentiments amoureux n’ont pas leur place ».

Vivre avec ses personnages

Très absorbé par ses récits, Mercier aime beaucoup ses personnages, il se sent très proche d’eux. « Je vis de grandes histoires avec eux ! Je les aime ! Ils se définissent eux-mêmes et leur caractère s’impose au gré des situations ».  Pour Mercier, les personnages moins reluisants s’imposent de la même façon. « Je les aime eux-aussi. J’apprécie leur humanité, leurs limites, leur détresse…  Ils nous ressemblent et nous parlent de la nature humaine ».

La place des auteurs dans la Belle Province

Pour ce qui est de la place de la littérature dans les médias et dans la société, il y a un manque selon lui. « Quand il n’y a pas de publicité pour un roman, c’est comme s’il n’existait pas.  Nos romans québécois sont si peu exposés, qu’à mon sens, ça menace notre culture et peut-être même notre identité.   Même dans le journal Voir la critique littéraire est pour ainsi dire absente ». Mais bien que la réalité dans le monde du livre soit difficile, il croit toutefois que l’industrie du livre est moins « catastrophique que l’industrie du CD, par exemple ».

Il y a peut-être un manque de couverture pour les plus petits auteurs : « C’est toujours les mêmes on dirait. ». Mais pour combler ce manque, il faut une ouverture au niveau du public, que les gens consomment la culture. Prêchant par l’exemple, Mercier dit : « Depuis que j’ai 15 ou 16 ans, toutes les semaines j’achète un livre ou un CD ». Ses gros coups de cœur sont rarement des livres qui sont connus. C’est donc de s’ouvrir à des belles découvertes que d’acheter des livres d’auteurs peu connus, ou de la relève.

L’avenir et l’homme

Un prochain roman est en cours de route. Sans fournir beaucoup de détails, François Mercier nous indique que le thème général sera « comment se débarrasser d’un monstre » — à prendre autant au sens métaphorique qu’au sens littéral. Étant toutefois très absorbé par son travail et ses occupations, il ne croit pas pouvoir le lancer avant 2 ou 3 ans. « Je suis prêt pour écrire, je me réveille la nuit pour écrire ! » Mais il est « débordé » et il « n’a  pas de temps » pour le moment.

Sur notre dernière question, à savoir qui est François Mercier l’homme, il nous répond : « Je suis un amoureux, et ce que j’essaie de faire c’est d’être un homme loyal et impliqué dans sa communauté. J’aime être là pour ceux que j’aime, je veux profiter de la vie et en prendre soin.  Il faut faire attention à la planète, faire attention à l’humain.  Parfois, il y a des gens qui me demandent comment je fais pour travailler, peindre, écrire, faire du bénévolat, avoir un chum, voir la famille et les amis ?  Je ne vois pas ma vie autrement, c’est comme ça que je l’aime.  Comme le disait Einstein : «  La vie, c’est comme aller en bicyclette, si tu n’avances pas, tu tombes ! »

 

Propos recueillis par Simon DuPlessis

François Mercier
Un Jos Louis au parc Viger
Éditions La Semaine

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