Supporter l’art est un acte citoyen

sylvain-simardMarcel Grimard M.Ed.

Dans notre monde de plus en plus connecté/déconnecté, ma participation comme membre du public d’art en direct au bar le Backstage m’a fait prendre conscience en discutant avec certains artistes que l’acte de créer peut devenir un acte subversif selon la démarche de l’artiste. Toutefois celui d’acheter une œuvre d’un artiste connu ou de la relève peut être tout aussi subversif.

En effet,  il n’est pas donné à tous de se permettre de se payer une œuvre d’art, cependant dans une société comme la nôtre ayant une économie post-industrielle/post-moderne, le nombre d’acheteurs est important et suffisant pour soutenir une classe de créateurs qui proposent des objets critiquant nos modes de pensées issues de la propagande du grand capital.

L’art est un moyen et non une fin, pour prendre conscience de l’interdépendance nous liant tous au niveau de la communauté et de la biosphère.  Comment peut-on devenir un amateur d’art, devenir subversif?  De cette façon,  au lieu de consommer une reproduction d’une toile, d’une photo vendue dans une grande surface dont les actionnaires se trouvent dans le 10%, si nous achetions chacun pour la même valeur une création d’un artiste d’ici, nous favoriserions l’émergence d’un cercle vertueux.

Certains diront l’art aujourd’hui c’est n’importe quoi, insignifiant voire à la limite vulgaire. Je les invite à faire preuve d’ouverture, ils trouveront de tout, de la tête de mort à la représentation hyperréalisme d’un ciel d’été. Si nous sommes prêts à manger des mets exotiques, nous rendre dans des restaurants de ces communautés, l’exploration de d’art peut se faire de la même façon un  partout. Il y a bien sûr les lieux officiels (galeries, musées), il y a aussi les lieux informels (petits cafés qui exposent, événements artistiques, art performance, festivals, etc.) Il y a aussi les expositions de fin d’année des étudiants en art des cégeps et universités, personnellement j’anticipe ces expositions estudiantines.

L’art est financièrement accessible à beaucoup d’entre nous, il s’agit d’un mythe de l’élite pour nous dissuader de supporter nos créateurs locaux.  L’élite ne voit que l’investissement et le profit futur de l’œuvre.  Tandis que pour moi, et  j’espère pour vous, l’œuvre qui meuble mon/votre salon est source de beauté, elle est unique à moi/vous et j’ai soutenu un artiste et un cycle économique local,  surtout je n’ai pas contribué à l’enrichissement des 10%.  Vous pouvez faire de même.  Il peut en résulter un dommage collatéral … L’œuvre peut prendre de la valeur, est-ce si important après tout?

Ce lien d’acheteur et créateur est subversif puisque nous maintenons une collectivité saine, autonome et indépendante de choix.

[Photo : œuvre de Sylvain Simard (1963-2010).]