Sandra Chevrier : Une brillante réussite sur la vague web

Sandra Chevrier est une étoile montante de l’art et pas uniquement au Québec. Depuis 2 ans, ses toiles sont vendues en Norvège, au Royaume-Uni et en Californie. Elle a fait une exposition sold-out à Los Angeles il y a quelques mois. Récemment, son partenaire d’affaires et elle ont ouvert une galerie — galerie C.A.O. — à Montréal pour écouler ses œuvres dans la métropole. En une heure, tout était vendu.  

BAZ : Quel est votre domaine de pratique artistique ?

S.C. : Artiste-peintre. Depuis 5 ans à temps plein. Je fais ça depuis toujours, depuis que je suis petite. Quand je suis devenue enceinte, en congé de maternité, j’ai dû réfléchir. Je savais qu’avec un enfant, si je ne faisais pas ça là, ce serait fini. C’était maintenant ou jamais. J’ai alors décidé d’être artiste à temps plein.

BAZ : Trouvez-vous que la situation générale des arts visuels au Québec s’est améliorée depuis quelques années ?

S.C. : Je ne sais pas si elle s’est améliorée, mais je sais que ça a beaucoup changé. Avec internet, c’est différent. Sans passer par une galerie, il y a un marché. C’est une bonne vitrine, gratuite. Mais, si tout le monde peut être artiste, c’est plus difficile pour les références sur internet. C’est aussi une réalité différente pour les galeries, qui doivent s’y adapter. Celles qui n’y arrivent pas en ressentent les conséquences.

BAZ : Pensez-vous que les arts visuels occupent plus de place dans les médias qu’il y a quelques années ?

S.C. : Si je pense aux journaux ou à la télé, il n’y a pas de place pour l’art visuel. Et les gens ne s’y connaissent pas parce qu’il y a un manque d’éducation. L’image que les gens ont de l’art et des galeries n’est pas la bonne.  Dans les médias, Corno, Armand Vaillancourt ou Marc Séguin, s’ils font quelque chose on va en parler. Mais c’est tout. J’ai récemment ouvert une galerie avec mon partenaire d’affaires. Nous avons envoyé des communiqués à tous les médias. Certains nous ont répondu que j’avais suffisamment de succès à l’étranger pour ne pas être obligés de parler de moi au Québec ! C’est un coup au cœur ! Mais je sais qu’il y a un désir dans la population. Les musées sont plus achalandés qu’auparavant. Mais c’est le manque d’éducation et l’image que l’on se fait de l’art. Par exemple, je suis allée en Norvège dernièrement, et les enfants sont initiés très jeunes à l’art et l’histoire de l’art.

BAZ : Au Québec, vous êtes représentée par une galerie ? Un agent ? Représentée hors Québec ?

S.C : Je travaille avec mon partenaire d’affaires sur la nouvelle galerie C.O.A. qui sera ma permanence à Montréal. Je dis partenaire, mais c’est comme un agent. Sauf qu’on fait des choix ensemble, on pense au futur.

BAZ : Êtes-vous membre du Regroupement des Artistes en Arts Visuels (RAAV) ?

S.C. : Non, je ne suis pas membre. On m’a dit que ce pourrait être une bonne chose, si j’ai des pépins. Mais je ne connais pas trop l’association du RAAV. Pour une amie, ça été très utile.

BAZ : Gagnez-vous mieux votre vie comme artiste qu’il y a quelques années ?

S.C. : Oui ! [rires]

BAZ : Quel pourcentage de vos revenus votre art représente-il ? Quelle proportion de vos clients sont québécois ?

S.C. : Tous mes profits proviennent des arts. Je suis incorporé et salariée de mon entreprise. Pendant deux ans, je n’avais pas de clients québécois. Je n’exposais pas au Québec. Pour la nouvelle galerie que nous avons ouvert à Montréal, ça été sold-out en une heure. Beaucoup de gens se sont déplacés, malgré le refus des médias. Mais mon marché est vraiment ailleurs dans le monde. La proportion de clients québécois, peut-être 10 ou 20 %, je dirais.

BAZ : Que pensez-vous des encans bénéfice ?

S.C. : Humm… Je trouve ça bien, mais je suis mitigée. Les artistes ont tellement de misère à finir les fins de mois. Je ne choisi maintenant que les causes qui m’intéressent. Je reçois 2-3 demandes par semaine. Parfois aussi, ils te promettent de te faire connaître, mais c’est très souvent des déceptions. Les œuvres partent pour la moitié du prix. Les gens attendent pour les avoir pas chères. C’est décevant.

BAZ : Que pensez-vous des reproductions IKEA ?

S.C. : Je n’ai rien contre. Les gens n’ont pas les sous, ou ne connaissent pas assez les artistes. Mais s’ils prennent le temps de se rendre au FIMA (Festival des arts à Montréal) ou ailleurs, ils peuvent en trouver, parfois presque au même prix. La fierté d’avoir une œuvre originale et de la partager avec ses amis, c’est ça aussi. C’est triste des maisons avec des décors pareils ! D’un autre côté, IKEA pourrait faire des collaborations avec des artistes !

BAZ : Que pensez-vous des galeries locatives ?

S.C. : Les galeries locatives qui prennent un pourcentage sur les ventes, ça n’a pas de bon sang. Mais si tu veux t’occuper de toi-même, sans galeriste, peut-être qu’avec une qui ne prend pas de commissions. Mais je ne sais pas si je le ferais. Y’a tellement d’endroits alternatifs pour exposer, la visibilité est super bonne.

BAZ : Pensez-vous que les médias sociaux sont bénéfiques pour les arts visuels ?

S.C. : C’est la meilleure chose ! Pour moi en tout cas. Les forums d’arts aussi. Ça prend un côté business. Je passe beaucoup d’heures sur internet. J’ai une bonne base dans le monde. J’envoie quelque chose et ça peut être vu en Australie en 10 minutes ! À force de le faire, tes œuvres apparaissent dans les moteurs de recherche, et il ne suffit que d’une personne ! J’ai publié sur les magazines Hi Fructose et Juxtapose. J’ai tout de suite vu les répercussions. Je dis toujours oui, autant pour les blogues que les magazines.

BAZ : Comment voyez-vous la situation des artistes pour l’avenir ?

S.C. : J’espère que ça va s’améliorer. Je sens beaucoup de changements. Les galeries doivent s’adapter. La population veut en savoir plus sur les artistes. Si chaque artiste prend le temps de faire sa promo et qu’il travaille fort, ça va changer. Il faut aussi que les enfants soient initiés plus jeunes, autant à la maison qu’à l’école, et qu’ils découvrent l’art dans le plaisir. Et il faut que les gens réalisent que ce n’est pas pour l’élite. Ce n’est pas parce qu’il y a des toiles à 50 000 $ que tout l’art n’est pas accessible. L’art s’adresse à tous et je pense qu’il y a de l’espoir.

[Photo : Œuvre de © Sandra Chevrier.]

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