Rencontres internationales du documentaire

The-Look-of-Silence-1La 17e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) se tiendra du 12 au 23 novembre 2014. Avec une sélection de 141 films en provenance de 44 pays et la présence d’une centaine d’invités, le festival sera l’occasion de découvrir 21 premières mondiales, 19 premières nord-américaines, 21 premières canadiennes et 47 premières québécoises. Le Québec y sera à l’honneur avec pas moins de 35 films locaux, courts, moyens et longs métrages.

Le festival s’ouvrira avec la première mondiale du film Le nez du réalisateur québécois Kim Nguyen. L’auteur de Rebelle nous propose un voyage olfactif fascinant dans l’univers mystérieux de l’odorat. En clôture, le cinéaste suisse Nicolas Wadimoff nous fera découvrir, également en première mondiale, son nouveau documentaire Spartiates. Le réalisateur de Clandestins et Aisheen – Still Alive in Gaza nous emmène cette fois en banlieue de Marseille, où un enseignant des arts martiaux mixtes, personnage coloré adepte d’une pédagogie musclée, se bat pour faire survivre son école.

Compétition internationale longs métrages

Avec 13 films, la compétition internationale longs métrages témoigne de la variété et de l’innovation du genre documentaire. Du conte documentaire turc (Once Upon a Time) au cinéma direct congolais (Examen d’État), de l’essai qui mêle l’intime au politique à Chypre (Evaporating Borders) à l’expérience ethnographique étourdissante au Liban (Masse mystique), ces récits nous amènent tous à voir le monde autrement.

L’incorporation d’éléments de mise en scène originaux donnera naissance à des films aux univers uniques et inoubliables, tels que Tour of Duty, témoignages d’anciennes « comfort women » en Corée du Sud, N – The Madness of Reason, une réflexion riche et visuellement époustouflante sur l’héritage du colonialisme en Afrique, ou Actress, portrait mi-documentaire mi-performance d’une actrice de la série The Wire.

Joshua Oppenheimer présentera son complément très attendu à The Act of KillingThe Look of Silence, une vision bouleversante du génocide indonésien filmé cette fois du point de vue des victimes; J.P. Sniadecki, The Iron Ministry, immersion impressionnante tournée entièrement à bord de trains en Chine; Pierre-Yves Vandeweerd, Les tourmentes et Fernand Melgar, L’abri, seront aussi de la partie.

Compétition nationale longs métrages

Une compétition nationale réunira des œuvres de cinéastes bien connus ici : Claude Demers (D’où je viens), Bruno Baillargeon (L’œuvre des jours), Jean-François Caissy (La marche à suivre), Paul Cowan (Les 18 fugitives, coréalisé avec le réalisateur palestinien Amer Shomali), Marie-Hélène Cousineau (Sol, coréalisé avec la réalisatrice inuit Susan Avingaq), Diane Poitras (Nuits) ou encore Alanis Obomsawin (Trick or Treaty?).

Les talents de la relève seront eux aussi bien représentés : Karina Garcia Casanova signe avec Juanicas un journal intime bouleversant sur la maladie mentale de son frère; Arnaud Bouquet et Daniel Ferguson proposent avec Les derniers hommes éléphants un voyage sensible chez les Bunongs au Cambodge, dont la culture aujourd’hui menacée est liée depuis toujours à la domestication des éléphants sauvages; dans I’ve Seen the Unicorn, Vincent Toi nous emmène dans son pays d’origine, l’Île Maurice, où il filme avec autant de poésie que de liberté les courses de chevaux; et enfin Julia Kwan offre dans Everything Will Be une réflexion pleine de finesse sur les bouleversements du Chinatown de Vancouver.

Compétitions internationales courts métrages et moyens métrages

Seize courts et huit moyens métrages révèleront l’art de faire du documentaire dans un format plus bref, un talent maîtrisé avec brio par les cinéastes de cette sélection. Ben Russell nous parle du mythe de l’Atlantide avec un essai kaléidoscopique entre philosophie et perception pure, Atlantis. Pierre Schoeller, réalisateur de L’exercice de l’État, capte dans Le temps perdu la vie quotidienne dans un camp de réfugiés syriens au Kurdistan irakien. Yuri Ancarani, réalisateur italien révélé l’an dernier aux RIDM par la présentation de sa trilogie, fait avec San Siro l’anatomie épique et un brin humoristique du stade de foot mythique de Milan. Et Marie-Josée Saint-Pierre redonne vie par l’animation au regretté Claude Jutra. Parmi les découvertes,  Buffalo Juggalos porte sur cette étrange sous-culture des fans de Insane Clown Posse; Les immaculés, documentaire en images de synthèse sur la stigmatisation des Tziganes en Europe; et Boucle piqué, une incursion pas toujours rose dans le monde des jeunes patineurs artistiques.

Présentations spéciales

Les grands noms du cinéma se retrouvent dans les Présentations spéciales : Hubert Sauper, qui après Le cauchemar de Darwin propose un autre pamphlet coup de poing sur le néocolonialisme, We Come As Friends; Sergei Loznitsa avec l’un des documentaires les plus remarqués de Cannes, Maïdan, sur la révolution ukrainienne; Julie Bertucceli avec son grand succès français La cour de Babel, tourné dans une classe d’accueil pour jeunes immigrants; Martin Scorsese avec The 50-Year Argument, un passionnant documentaire coréalisé avec David Tedeschi sur le New York Review of Books; Frederick Wiseman qui revient avec National Gallery, une lettre d’amour très personnelle au monde des musées; et Debra Granik, l’auteure de Winter’s Bone, qui pour son premier documentaire Stray Dog réalise un portrait humble et touchant d’un motard vétéran du Vietnam. D’autres titres très attendus se joignent à la sélection : Citizen Four de Laura Poitras, sur Edward Snowden qui avait lui-même contacté la réalisatrice pour publier ses révélations sur la NSA; The Kingdom of Dreams and Madness sur le célèbre studio d’animation Ghibli; Eau argentée, Syrie autoportrait, un inoubliable dialogue entre deux cinéastes syriens, l’une au cœur du conflit et l’autre exilé; et Altman de Ron Mann, portrait du talentueux réalisateur américain Robert Altman. On retrouve enfin deux auteurs locaux dans ce volet, Michka Saäl avec China Me, et Patricio Henriquez avec Mon insécurité nationale.

Horizons

Les événements de la planète sont évoqués dans la section Horizons : la révolution égyptienne dans Moug, qui mêle documentaire et animation; la politique-spectacle au Canada avec God Save Justin Trudeau de Guylaine Maroist et Éric Ruel; la question des certificats de sécurité post-11 septembre avec The Secret Trial 5; ou encore le traitement de la maladie mentale au Sénégal, Ce qu’il reste de la folie, et celui des amputés en Sierra Leone, The Flying Stars. Les liens entre héritage amérindien et identité québécoise sont explorés en compagnie de Roy Dupuis dans L’empreinte de Carole Poliquin et Yvan Dubuc. Quant au premier film du québécois Steve Patry, De prisons en prisons, il suit les tentatives de réinsertion de trois ex-détenus.

Contre-courant

Contre-courant défie nos perceptions de la culture populaire et underground : on y observe le phénomène des écoles libres américaines dans Approaching the Elephant, et celui du skate et du graffiti en Colombie avec Los hongos; la figure du fabriquant de vélo italo-québécois Marinoni dans le film du même nom, et celle du dramaturge David Fennario dans le nouveau documentaire de Martin Duckworth, Fennario – The Good Fight; le monde méconnu des Mormons dans Liahona, et l’univers tabou de la drogue et de la prostitution dans le film-choc du photographe Antoine d’Agata, Atlas.

Territoires

Volet consacré au rapport de l’homme à l’environnement, Territoires est l’occasion de mieux comprendre notre planète et ses habitants. Citons les deux films québécois Ceux comme la terre sur le missionnaire René Fumoleau et le peuple déné, et Le cri silencieux du chevreuil sur l’Île d’Anticosti. À ne pas manquer également, le magnifique The Stone River, un film hanté sur les travailleurs de pierre au Vermont, et The Empire of Shame, qui dénonce les conditions de travail des employés des usines Samsung en Corée du Sud. Episode of the Sea mêle théâtre brechtien et observation sociologique dans une petite ville de pêcheurs aux Pays-Bas.

Beat Dox

La section des RIDM dédiée aux documentaires musicaux regroupe huit films où le meilleur de la musique et du cinéma se rencontrent. Plusieurs films d’ici y trouvent leur place : La ville est une île sur la scène indie anglophone de Montréal, La muse errante sur la musique juive à travers le monde, Sur la piste des DJs qui fait le portrait de six DJs montréalais, et Bamako temps suspendu, un très joli moment d’improvisation musicale au Mali signé Sylvain L’Espérance. Les fans du groupe Pulp peuvent déjà se réjouir de la présentation de l’excellent documentaire musical Pulp: A Film about Life, Death and Supermarkets, et ceux des Talking Heads de la projection spéciale 30e anniversaire de Stop Making Sense de Jonathan Demme. La sélection est complétée par Memphis, un superbe docu-fiction sur le chanteur de blues Willis Earl Beal et la ville de Memphis, et par Living Stars, film argentin en passe de devenir culte parmi l’équipe du festival.

Rétrospectives et hommages

Le festival célèbrera le réalisateur expérimental américain James Benning. L’événement – alliant 10 films, deux installations (présentées en collaboration avec VOX, centre de l’image contemporaine), un atelier en petit groupe et une leçon de cinéma – est le premier programme de cette envergure au Canada, et sera l’occasion de découvrir certaines premières dont natural history et FUCK ME (orange) (tous deux 2014). Les RIDM organisent également une rétrospective du légendaire cinéaste japonais Kazuo Hara. À cette occasion, Hara viendra pour la première fois en sol québécois afin de présenter ses quatre œuvres documentaires (Goodbye CPExtreme Private Eros: Love Song 1974The Emperor’s Naked Army Marches On et A Dedicated Life).

Enfin, le festival présentera une rétrospective articulée autour du thème de l’animal, « Des hommes et des bêtes ». Composé de 23 courts et longs métrages, ce programme spécial dévoilera comment plusieurs cinéastes ont su réinventer et pousser les limites du documentaire animalier. Au programme, des cinéastes de renom ayant exploré le monde animal tels que Jean Painlevé avec plusieurs courts métrages, Barbet Schroeder avec Koko le gorille qui parle; Frederick Wiseman avec Primate; Chris Marker avecVive la baleine; George Franju avec Le sang des bêtes; et Pierre Perrault avec L’oumigmag ou l’objectif documentaire, pour ne citer que ceux-là.

Les RIDM rendront hommage au cinéaste allemand Harun Farocki, décédé cette année, avec la présentation de son chef d’œuvre Images du monde et inscription de la guerre. Le festival célèbrera aussi les 10 ans du Wapikoni Mobile avec la présentation en première du moyen métrage Les indiens, l’aigle et le dindon, précédé de plusieurs courts métrages. Enfin, les futurs talents québécois seront mis à l’honneur lors de La nuit de la relève Radio-Canada, avec un programme de courts métrages étudiants de l’INIS, de l’UQAM et de Concordia.

Rencontres internationales du documentaire de Montréal
Du 12 au 23 novembre 2014.