Pourquoi j’aime Mononc’ Serge…

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Mononc’ Serge a tout un parcours… Je ne ferai pas ici le tour de sa biographie, mais rappelons qu’au début des années 90, il était bassiste et contrebassiste au sein du groupe Les Colocs, formation qu’il a quittée en 1995 pour démarrer une carrière solo. Et ça n’a pas arrêté depuis! En 1996, il présentait le Mononc’ Show où il interprétait enfin ses propres chansons, et le nom de Mononc’ Serge lui est resté depuis. Autre réalisation importante: le duo qu’il forme au milieu des années 90 avec le guitariste Yves Desrosiers sous le nom des Blaireaux, époque très riche dans le parcours de Mononc’ Serge. Et j’en passe…

L’auteur-compositeur-interprète vient tout juste de lancer son dixième opus: Pourquoi Mononc’ Serge joues-tu du rock’n’roll? une production acoustique guitare-contrebasse. Je l’ai toujours préféré acoustique parce que, à mon sens, ses textes décapants et incisifs frappent déjà assez fort, pas besoin de heavy metal pour faire passer l’irrévérence. J’aime Mononc’ Serge quand le temps de quelques strophes, il nous livre un éditorial mordant, ne laissant aucune place à la censure. C’est qu’il est l’un des seuls avec Plume et Desjardins peut-être à ne faire aucun compromis pour séduire l’industrie du disque.

Dans sa chanson intitulée Péladeau, il écrit: 
« Le guide du prolétariat
n’en déplaise aux intellos
Ce n’est pas Che Guevara
c’est Péladeau
L’homme qui élève la convergence
au rang de grand art
Pendant que la faucille et le marteau
rouillent dans le hangar… »

Certes, je ris beaucoup chaque fois que je vois Mononc’ Serge sur scène, mais le rire qu’il provoque a toujours quelque chose de dénonciateur, de conscient. Je m’en voudrais de taire la dimension parfois existentielle dans les préoccupations de l’auteur. Cet autre extrait d’une de ses nouvelles chansons La fin du monde, l’illustre assez bien:

« Regardez-moi tous ces gens
anxieux et ridicules
Obsédés par leur apparence
et gavés de pilules
Il était grand temps
qu’on abrège leurs souffrances
Que quelqu’un tire la plogue
qu’on lève l’audience… »

J’aime Mononc’ Serge parce qu’il est l’un des derniers authentiques à crier ses chansons avec la force de ses convictions pour secouer l’indifférence où il est si facile de s’enliser. Le musicien est conscient que son public restera toujours marginal, ses chansons ne seront jamais au palmarès de la chanson aseptisée et formatée… J’aime quand Mononc’ Serge se fait plus introspectif et dévoile peut-être un recoin de son âme qui prend toute la place certains jours… comme dans la magnifique L’homme qui ne voulait plus vivre:

« L’homme qui ne voulait plus vivre
se détourne des affaires publiques
L’ennui est sa seule patrie
L’indifférence, sa politique
L’homme qui ne voulait plus vivre
a déserté le genre humain
Il se sent plus près des choses
Qui ne ressentent rien… »

Et nous, en l’écoutant, on se sent drôlement en vie avec en prime un sentiment d’appartenance à une marginalité qui n’a pas crié ses derniers mots!

François Martel anime une émission hebdomadaire sur la chanson francophone: Vinyle en mille morceaux à l’antenne de CIBL le dimanche matin à compter de 10 h. Site de François Martel.