Pierre Blackburn, cinéaste marginal ?

Devant un café dans son appartement à l’orée du Village, Pierre Blackburn se raconte de sa voix grave et posée. « Après l’obtention de mon diplôme en communications, j’ai travaillé plusieurs années comme assistant-caméraman pour le cinéma et la télévision. Je me destinais à devenir caméraman, mais ce n’était pas mon rêve. Je voulais devenir réalisateur. » Au début des années 1980, il quittera le domaine pour fonder avec le chorégraphe Louis Guillemette la compagnie Artistes en Mouvement avec laquelle il développera son concept du théâtre physique.

« L’idée derrière le théâtre physique est de lier le mouvement, la voix, l’émotion et la créativité de l’acteur. » Il y développe au  fil des ans sa propre méthode afin d’atteindre l’âme de l’acteur, de développer son amour de soi, de le libérer de ses jugements négatifs afin d’entrer de plain-pied dans des rôles même les plus étrangers à sa propre personnalité. Même s’il n’y consacre plus à plein temps, Pierre Blackburn continue d’offrir des ateliers qui s’adressent autant à l’acteur professionnel qu’au novic.

Avec Marie Carmen

Au début des années 1990, Pierre Blackburn s’associera avec la chanteuse Marie Carmen pour laquelle il réalisera  plusieurs vidéo-clips, dont L’aigle noir, primé vidéo-clip de l’année par Musique Plus en 1992. La sobriété visuelle du montage alliée à la très belle interprétation de ce succès de Barbara font que cette vidéo a bien vieilli vingt ans plus tard.
En parallèle,  car il faut bien vivre, il entreprendra une carrière de réalisateur de vidéos corporatives et promotionnelles qui l’amènera à voyager à travers le monde. Toutefois, il n’oubliera pas son implication communautaire  en réalisant des vidéos pour Art Sida, la lutte à l’homophobie ou pour le Gala Phénicia, entre autres. Les années 2010 représenteront un autre tournant pour Pierre Blackburn.

Dans l’œil du peintre

« La deuxième décennie du présent siècle me semble s’accompagner d’un nouveau bouillonnement en arts visuels à Montréal », remarque Blackburn. « L’idée a germé de produire une série sur des peintres que j’affectionne, qui ne sont pas issus de l’art subventionné. On apprend beaucoup de quelqu’un par son geste. En ce sens je vois un parallèle intéressant entre un acteur et un peintre. » Dans sa nouvelle production, Pierre Blackburn met en scène l’artiste à l’œuvre, l’artiste dans son environnement, avec son monde. En partie inspiré par le film du cinéaste français Henri-Georges Clouzot dans lequel on voit Picasso peindre sur une vitre faisant face à la caméra sans qu’il y ait un mot de prononcé (Le Mystère Picasso, 1956), le discours est en grande partie évacué au profit du geste créatif.

blackburn

« Je ne choisis que des artistes qui me font vibrer », souligne t’il. Les deux premiers vidéos de la série ont été présentées au FIFA 2011. Zïlon est le sujet du premier documentaire, Zïlon en direct. « Zïlon est un artiste représentatif de notre époque. Il y a un propos social caché derrière ses toiles. Il côtoie aussi bien les gens de la rue que le jet-set. »  L’Univers de Ian présente le jeune peintre Ian Gamache. « Ian parle de la cruauté du monde, de ses guerres, de sa violence. »

Yvon Goulet, peintre marginal ? a été sélectionné cette année par le FIFA. À la sortie du film, plusieurs personnes m’ont dit avoir enfin compris la technique particulière de cet artiste, chantre  de notre communauté.

Les nouvelles technologies permettent à Pierre Blackburn de réaliser seul toutes les étapes de la production de ses vidéos. « Je suis plus un artiste qu’un technicien », avertit-il. Il recherche avec sa caméra des angles non conventionnels, surprenants. La bande sonore est une superposition de plusieurs trames. Un travail de moine qui lui procure une immense satisfaction.

Encore des projets

Producteur depuis un an, en plus d’être réalisateur, Pierre Blackburn a d’autres projets dans sa mire. « J’aimerais réaliser une vidéo combinant différentes formes d’art : peinture, musique, théâtre, … Je ne me vois pas assis à me bercer en regardant l’herbe pousser. » Nous n’avons pas à nous inquiéter sur ce dernier point. La chaise berçante risque d’attendre encore longtemps.

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Le titre de l’article est un clin d’œil à sa vidéo : Yvon Goulet, peintre marginal?

(Cet article a déjà paru dans etremag.com. Photo: Ian Gamache, Pierre Blackburn et Zïlon au FIFA.)