Le Sinatra britannique était Québécois

Le titre de l’article est inspiré de celui de Radiomonde de 1947 qui m’a lancé sur la piste de Paul Charpentier, alias Paul Carpenter, Le Frank Sinatra des Îles britanniques1

Données généalogiques

Patrick Paul Lane Charpentier est né le 8 décembre 1921 et est baptisé le 11 à la paroisse St-Fulgence, dans la localité de Durham-Sud, comté Drummond. Ses parents sont Léopold Charpentier (fils d’Aimé Charpentier et de Margaret Lane) et de Gladys Jane Hudon (fille d’Alfred Hudon et d’Ann Rose Donnelly) mariés à la paroisse Ste-Bibiane, localité de Richmond le 20 janvier 1920. Il est l’unique enfant que l’on trouve dans le BMS 2000.

Ses grands-parents paternels sont Jean-Baptiste Aimé Charpentier (fils de Théophile Charpentier et de Barbe Bonher) et Margaret Helen Lane (fille de Lewis Lane et d’Ann Caroll) mariés à Ste-Biabiane, Richmond le 19 septembre 1881. Ses grands-parents maternels sont Alfred Hudon (fils de Joseph Hudon et de Marie Camirand) et Ann Rose Mary Donnelly (fille d’Andrew Donnelly et de Bridget Mulvana), eux aussi mariés à Ste-Bibiane le 27 juillet 1891.

Ses débuts

Après des débuts comme annonceur à CKAC1, Paul Charpentier est de la première mouture des Joyeux troubadours à Radio-Canada en 1941. Engagé comme annonceur, on apprend par Radiomonde que Paul Charpentier suppliait Henri Letondal de le laisser chanter à l’émission. Après quelques semaines, ce dernier cède. On découvre un chanteur de talent2. Dans l’article de 1947, cité plus haut, le chroniqueur raconte ses débuts : « Il était joli garçon. Il avait une belle voix. Il avait un rythme à lui qui ne coïncidait pas toujours avec celui de l’orchestre de [Raymond] Denhez. Mais néanmoins, il avait un plaisant répertoire et l’auditoire aux écoutes (principalement féminin) se prit soudainement d’intérêt pour le nouveau venu : un petit gars de Drummonville1. »

La guerre et Londres

Mais Paul Charpentier ne restera pas longtemps à l’émission. Bientôt, il s’engage comme volontaire dans l’armée. Laissons parler le chroniqueur : « Il alla aux armées : d’abord à l’armée canadienne, puis à l’armée américaine. On découvrit vite ses possibilités et les Américains l’empruntèrent pour leur fameux Army Show. Et, avec un groupe d’artistes d’Hollywood bien connus, il fit le tour de l’Angleterre, de l’Afrique, de l’Italie partout où il y avait des troupes à distraire. Sur la troupe, Paul Charpentier agissait comme chanteur et maître de cérémonie. (…) Parfait bilingue, il prouvait une aisance et un talent naturel de la scène.

Puis on apprit ici qu’il servit l’Intelligence Service américain et anglais sur les théâtres de la guerre1. »

Le chroniqueur met toutefois un bémol sur cette dernière information, jugée très vague. Deux ans passèrent sans que ses amis de Radiomonde aient des nouvelles de lui. Puis la rédaction reçoit des coupures de presse provenant de Londres. Il est devenu Paul Carpenter. Il chante avec l’orchestre de Ted Heath au London Palladium. Il est surnommé le Frank Sinatra de Londres et sa popularité est telle auprès de la gente féminine que la police londonienne doit lui accorder une protection spéciale avant et après chaque spectacle. Le chroniqueur poursuit en traduisant quelques articles à son sujet.

Dans le Daily Mirror du 25 janvier 1947, un article de Laurence C. Henshaw : « (…) chaque soir des foules de plus de trois mille personnes dansent au son de [l]a musique [de Ted Heath.] [L]a majorité des jeunes filles ont Paul Carpenter comme attraction. Paul (…) est aujourd’hui le Frank Sinatra de Grande-Bretagne. Un regard tendre de Paul déclenche un millier de soupirs (…) La police de Londres doit lui accorder un service de protection spécial contre les assauts des chercheuses de souvenirs (…) » Le club reçoit plus de 500 lettres après chaque concert, la grande majorité adressée à Paul.

Le chroniqueur cite ensuite la revue Band Wagon et News Chronicle de Manchester du 2 février de la même année. Paul Carpenter semble déjà véhiculer des légendes à son sujet qui perdureront : correspondant de guerre pour l’armée canadienne, ancien joueur de hockey professionnel, il fut de l’équipe olympique canadienne dont il détient un record de piste. Le chroniqueur, qui semble bien le connaître, corrige : il fut un athlète intercollégial, certes, mais les autres affirmations sont fausses. Le Chronicle le décrit comme « un jeune géant, blond, modeste (sic), fait de muscles.»

L’orchestre big band de Ted Heath (1902-1969) fut un des plus célèbres de l’après-guerre en Grande-Bretagne. Il a enregistré une centaine d’albums et a vendu plus de 20 millions de disques. L’orchestre s’est aussi produit aux États-Unis, en Australie et dans des pays européens. La collaboration de Paul Carpenter a duré jusqu’à la fin semble-t-il, du moins occasionnellement puisque Paul Carpenter est de l’émission The Ted Heath Show en 1963 (voir plus bas).  Vous pouvez entendre Paul Carpenter avec Ted Heath sur l’étiquette Decca.

Cinéma et télévision

Paul Carpenter se tournera vers le cinéma et la télévision. IMDb  compile 72 entrées à son sujet entre 1946 et 1964, soulignant sa contribution dans The Hornet’s Nest (1955), Meurtres sans empreintes (1954) et Maigret voit rouge, mettant en vedette Jean Gabin (1963). La plupart semble être des films dits de série B. Il aurait écrit deux scripts pour la série télévisée Film Fanfare en 1956 et joué son propre rôle dans 4 séries télévisées. Le site le présente comme marié en 1955 à Kim Parker (1932-2010), divorcés en 1958, puis avec Pauline Black.

La BBC

Sur le site de la BBC, son nom apparaît plus de 300 fois. Il joue le rôle d’un Ranger texan dans la télésérie musicale Riders of the Range (1949-1953). Il apparaît dans de nombreuses émissions musicales en tant que chanteur, narrateur ou maître de cérémonie : Variety Band Box (1944) Song Parade (1945-46) Soldier’s Serenade (1945-46) Canadian Caravan (1945) Ted Heath (1945-47) String Time (1945) Phil Green Programme (1945) Spotlight (1945) Canada Swing Show (1945) Midday Music-Hall (1945) Saturday Night at the Palais (1946) I’ve brought my Music (1948) Ragtime Cavalcade (1949) Down Beat (1949) The Sunny Side of the Beat (1949) Meet the Band (1950) It’s a Great Life (1950) Music on the Mississippi (1950) Jolson Sings On (1951) Summer Lightning (1951) BBC Ballroom (1952-55) Terry-Thomas (1953) Music Hall (1953) Music from Blackpool (1954) Golden Slipper Club (1954) How Do You Do ? (1954) Swing Session presents … (1955) Double Date (1955) Daddy Long-Legs (1955) This is Dancing (1955) Anything Goes (1956) These Radio Times (1956) (Dance Night) Come Dancing (1957-58) Miss World (1957) Miss England (1958) Juke Box Jury (1959-60) Sugar Beat (1960) The Flip Side (1963) The Ted Heath Show (1963). Il est également le sergent Kutsky dans The Good Partners (1954).

Décès

Paul Carpenter est retrouvé mort dans sa loge du Vaudeville Theater. Il se préparait à la répétition de la comédie The First Fish lorsqu’il se senti mal et alla se reposer. Nous sommes le 12 juin 1964. Il avait 42 ans. Il était le conjoint de l’actrice Miss Pauline Black, ce qui laisserait sous-entendre qu’ils n’étaient pas mariés (New-York Times).

Bien des choses restent à découvrir sur ce Paul Carpenter, né Charpentier, idole à Londres mais presqu’inconnu ici. J’espère que cet article suscitera le désir d’en savoir plus sur cet homme au parcours exceptionnel.

Notes

Photo : Paul Charpentier – publicité pour Les Joyeux troubadours 1941 (Radiomonde).

1-      Radiomonde, 17 mai 1947.

2-      Radiomonde, 15 novembre 1941.

Paul-Charpentier-1941