Le RAAV, les artistes et les préjugés durables…

Christian Bédard
Directeur général
Regroupement des artistes en arts visuels

[ndlr : Le Regroupement des artistes en arts visuels (RAAV) a décidé de répondre par communiqué sur leur site, plutôt que de nous accorder une entrevue. Voici ce texte en version intégrale.]

Dans un article paru dans la dernière édition de BAZ, on nous faisait part des résultats d’une « enquête sur les arts visuels », dont le titre était: Les artistes nous parlent du RAAV.  La plupart des commentaires exprimés véhiculaient un jugement plutôt sombre sur le RAAV fondé, à notre avis, sur l’incompréhension de la mission réelle du RAAV et de son mandat associatif.

Le RAAV aimerait répondre brièvement à ces commentaires qui reflètent malheureusement des préjugés durables, quasi inoxydables dans le temps, sur la seule association professionnelle qui puisse vraiment aider les artistes par son travail de fond sur les grands dossiers touchant tous les artistes, par son offre de cours spécialisés pour les artistes en arts visuels, par son service d’information en ligne ou personnalisé, et par son soutien légal aux artistes en difficulté. 

Pour mieux comprendre ce qu’est le RAAV et ce qu’il fait, nous ne pouvons qu’inviter les artistes à consulter notre site internet et à lire les informations qu’il contient. Le site est en cours de rénovation et nous ajoutons de plus en plus de documents et d’informations susceptibles de mieux renseigner l’ensemble des artistes sur ce que nous faisons et ce que nous cherchons à obtenir pour améliorer la vie de l’ensemble des artistes en arts visuels du Québec.

Tout artiste en arts visuels peut être membre de son association professionnelle

D’abord toute personne qui se déclare artiste en arts visuels, qui produit des œuvres pour son propre compte et qui diffuse son travail auprès du public peut devenir membre de son association nationale, le RAAV.

L’association ne comporte que deux catégories de membres outre les Membres d’Honneur, les membres associés et les membres professionnels. Il est bien certain que plusieurs artistes s’étant vu refuser le statut de membre professionnel de l’association ont interprété cela comme un décret final et définitif de leurs pairs.  

Cependant, il faut bien comprendre que le statut de membre professionnel au sein du RAAV touche avant tout la gouvernance de l’association. Comme il s’agit d’une association reconnue par le gouvernement en fonction d’une loi sur le statut professionnel des artistes, il est normal que cette association soit dirigée par des artistes professionnels. Là s’arrête la distinction entre les deux catégories de membres. Tous les membres bénéficient en général des mêmes services et des mêmes avantages.

Comité de pairs et examen des dossiers

Le fait qu’un comité de pairs, c’est-à-dire un comité formé d’artistes chevronnés ayant une expérience notable et menant une carrière depuis un certain temps dans le domaine des arts visuels, soit invité à distinguer les membres selon les deux catégories ne constitue en rien un processus de rejet de certains par rapport aux autres, ou encore une mesure de discrimination privant certains artistes des avantages conférés aux membres de l’association. Rien de cela. Il s’agit de déterminer qui peut ou non prendre la parole au sein des assemblées générales de l’association et en devenir un/e administrateur/trice. 

D’ailleurs, l’analyse des dossiers des nouveaux membres ne se fait que sur le parcours artistique des candidats, leur CV, les événements marquants de leur carrière, leur formation, leurs actions de promotion de leurs œuvres, etc., et non sur le portfolio des œuvres des artistes.

La mission de l’association professionnelle – RAAV

Pourquoi ne se baser que sur le CV des postulants ? Parce que le RAAV n’est pas un organisme de diffusion, c’est-à-dire que l’association n’organise jamais d’expositions, de foires, de symposiums, etc. Parce que ce n’est pas sa mission. Ça ne l’a jamais été. Ce qui ne veut pas dire que l’association n’encourage pas les événements qui peuvent susciter de la visibilité ou des ventes pour les artistes, mais elle ne peut agir directement dans ce domaine. Son action auprès des événements de vente ou d’exposition consiste surtout à s’assurer que les conditions offertes aux artistes sont honorables et équitables.

Le RAAV évolue progressivement de l’intérieur

Bien sûr cela pourrait changer dans le futur, mais pour cela des changements devront intervenir à l’intérieur de l’association et ces changements ne pourront survenir que par la participation des artistes aux réunions et assemblées. Car le RAAV est une association démocratique qui fonctionne dans le respect des lois et des règles de bonne gouvernance. Un artiste = un vote. Le pouvoir appartient à l’Assemblée des membres et c’est elle qui délègue la gestion de l’association à un groupe d’administrateurs élus qui forment le Conseil d’administration.

Mais pour participer à la prise de décisions d’une association, il faut d’abord être présent autour de la table. Et pour cela il faut être membre. C’est la seule façon démocratique de modifier le fonctionnement d’une association professionnelle. Les critiques et commentaires externes n’ont guère d’effets réels sauf de donner au RAAV l’opportunité de mieux se faire connaître et d’expliquer son fonctionnement. Ce que cet article de BAZ nous aura permis de faire.

Tous les artistes en arts visuels du Québec peuvent donc être membres de leur association nationale. Une bonne partie d’entre eux/elles peuvent participer à sa gouvernance.

Des temps difficiles pour les artistes et un avenir incertain

Tous les artistes auraient intérêt à être membres de leur association même si, au quotidien, les avantages d’en faire partie ne sont pas toujours évidents. Premièrement, on ne sait jamais quand un pépin surviendra et qu’on aura besoin d’aide.

Pour le moment, le RAAV a toujours offert ses services à tous les artistes qu’ils soient membres ou non tout en privilégiant toujours ses membres. Cette politique pourrait changer dans le futur et les services offerts pourraient être offerts gratuitement aux membres et tarifés pour ceux qui ne le sont pas.

Importance de l’unité et force positive de l’action collective

Comme vous le savez, la situation économique des artistes en général est difficile. Comment faire pour travailler à changer cela ? En se divisant en écoles de pensées artistiques, en cliques et en petits regroupements d’insatisfaits, en « lone rangers » qui lancent des attaques à gauche et à droite sans réfléchir aux conséquences ? 

En tant que vieux routier de la vie artistique (qui roule depuis le début des années 70), l’expérience m’a démontré une seule chose, c’est que toute amélioration à nos conditions de vie et de pratique professionnelle ne peut se faire que par le travail collectif. Que par la participation à un regroupement de collègues artistes soucieux de travailler ensemble pour améliorer leur sort malgré leurs différences de conditions, de formation, de revenus ou de renommée. C’est le seul moyen.

C’est ainsi qu’on a obtenu l’introduction du Droit d’exposition et qu’on obtiendra le Droit de suite. C’est ainsi qu’on a pu obtenir des redevances aux artistes publiés dans ArtImage  et qu’on pourra s’assurer que les diffuseurs paient au moins les tarifs minimum recommandés par le RAAV et CARFAC. C’est ainsi qu’on a convenu avec la plus grande association de galeries professionnelles de normes des meilleures pratiques pour la représentation des artistes en galeries privées et la vente de leurs œuvres. C’est ainsi qu’on pourra continuer à améliorer le respect du travail artistique en arts visuels par les divers types de diffuseurs, qu’ils soient muséaux ou autres. Et ainsi de suite…

Pour terminer, je ne peux qu’inviter tous les artistes qui ne sont pas membres de leur association professionnelle à se rallier  à elle si l’amélioration de leurs conditions de vie artistique leur tient à cœur.

[Site du RAAVPage Facebook. Version PDF téléchargeable de l’Enquête sur les arts visuels.]

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