Le point de vue d’un galeriste

Daniel Roberge est, depuis longtemps, dans le milieu des arts visuels. Étudiant dans le domaine au cégep, il finira avec la deuxième promotion de l’UQÀM, en 1973. Parti ensuite de manière inopinée aux États-Unis, il établira une galerie d’art — galerie Roberge — à Cape Cod, où, notamment, la photographe Nan Golden a exposé.

En 2001, il fonde la galerie Zéphyr sur la rue Amherst à Montréal. Aujourd’hui, comme beaucoup de galeries au Québec, le marchand d’art est obligé d’abdiquer et de fermer boutique.  Le client n’est plus au rendez-vous.

Nous nous sommes entretenus avec lui, afin de lui poser les questions soumises aux artistes dans le cadre de l’enquête sur les arts visuels et d’autres inspirées par les réponses que nous avons reçues du questionnaire.  

BAZ : Pensez-vous que la situation générale des artistes en arts visuels au Québec s’est améliorée ces dernières années ?

D.R. : Pas du tout. Ça régresse, il n’y a pas d’acheteurs. J’ai un ami collectionneur qui m’a dit que le problème à Montréal est qu’il y a 200 collectionneurs pour 5 000 artistes ! C’est la réalité du marché, parce que, sinon, le talent à Montréal, ça pleut ! C’est plein de bons artistes. Les deux gros problèmes, ici, je pense, c’est le manque d’éducation et le manque de diffusion. Les enfants devraient être initiés jeunes.

BAZ : Pensez-vous que les arts visuels occupent plus de place dans les médias qu’il y a quelques années ?

D.R. : Ça régresse aussi. On dirait même que ça n’existe plus. Même le Voir ne publie plus son calendrier en version papier. Pourtant ce serait le devoir des médias d’en parler, surtout Radio-Canada, ou les grands journaux. C’est à eux de faire un effort. Pourquoi toujours aller vers ce qu’il y a de plus facile ? Juste ma dernière exposition, 60 artistes réunis. C’est rare. J’ai envoyé mes communiqués partout, personne n’a répondu. C’est triste.

BAZ : Vous considérez-vous comme galeriste professionnel ?

D.R. : Oui. Avec tout le parcours que j’ai, oui. J’ai étudié en arts, et j’ai eu deux galeries, dont une pendant 13 ans.

BAZ : Avez-vous déjà mieux gagné votre vie comme galeriste ?

D.R. En 13 ans, j’ai toujours été déficitaire. J’ai eu la chance d’acheter le local pour vraiment pas cher. J’ai donc pu vivre sur l’hypothèque dont la valeur allait toujours en augmentant. Mais là, en vendant, je paie la banque et c’est tout. J’ai réussi à vivre chichement pendant 3 ans. J’ai vivoté.

BAZ : Que pensez-vous des encans bénéfice ?

D.R. : Contre. Parce qu’il y en a trop. S’il y en avait une ou deux par année, et que les artistes prenaient 50 %, peut-être. Mais non. Et les collectionneurs attendent juste ça. Ils ne sont pas idiots. Ils peuvent se procurer un tableau pour une fraction du prix. Des galeries ferment à cause de ça. Et c’est n’est pas vrai qu’un nom de un huitième de pouce dans un catalogue donne de la renommée à un artiste.

BAZ : Que pensez-vous des reproductions en vente chez IKEA ?

C’est horrible ! Dommage que les gens passent à côté de la relation qu’ils peuvent avoir avec une œuvre originale. Les reproductions… On est déjà venu me proposer des reproductions de toiles faites en Chine qu’on vendait pour 20 $. Les gens ici n’ont pas l’habitude d’acheter des œuvres originales. C’est dans les mœurs des Européens, mais ici on a encore du chemin à faire.

BAZ : Que pensez-vous des galeries locatives ?

C’est cute. Mais un artiste ne devrait pas gaspiller son argent là-dedans, parce que ça ne rentre pas dans un CV professionnel. C’est plutôt pour les peintres du dimanche qui veulent inviter leurs amis et leur famille.

BAZ : Pensez-vous que les médias sociaux sont bénéfiques pour les arts visuels ?

D.R. : Oh oui ! Surtout depuis 5 ans, c’est un incontournable. Depuis Facebook, parce que Facebook est très visuel. Ça permet de voir les artistes aller, c’est une belle vitrine.

BAZ : Comment voyez-vous la situation des artistes pour l’avenir ?

D.R : Je ne sais vraiment pas ! Je trouve ça bien triste qu’il y ait si peu de consommateurs d’art pour tant d’artistes. Mais je ne saurais vraiment pas quoi répondre à cette question !  

[Photo : Œuvre de © Etienne Martin.]

Etienne Martin