Le Concerto de Québec d’André Mathieu enfin restauré

Le Concerto n° 3 d’André Mathieu, connu sous le nom de Concerto de Québec a été écrit en 1942 et 1943. Nous sommes au cœur de la deuxième guerre mondiale et André Mathieu, qui aura 14 ans au cours de cette période, est en pleine crise d’adolescence. Principal soutien de famille, sa popularité́ de compositeur-concertiste est à son zénith. À cause de la guerre, Mathieu n’a pas pu poursuivre ses études à Paris où il avait séjourné avec toute sa famille de l’automne 1936 à l’été 1939. Afin de relancer sa carrière, il cherchera à conquérir New York. Mais en attendant, la famille Mathieu est retournée s’installer à Montréal. Le jeune adolescent donne de plus en plus des signes de révolte contre l’autorité de son père et contre sa charge de travail. Son impatience et ses sautes d’humeurs démontrent un caractère entier. Il semblerait également que c’est à cette époque qu’il aurait commencé à consommer de l’alcool. C’est dans ce contexte qu’André Mathieu conçoit le Concerto n°3, une œuvre en trois mouvements, qui deviendra la plus populaire de toutes ses compositions. La légende familiale veut que Mathieu ait réveillé toute la maisonnée, en pleine nuit, pour faire écouter le thème le plus connu de ce concerto. Il faudra toutefois attendre 1947 pour que le grand public le découvre. En effet, le thème emblématique de cette œuvre est popularisé grâce à la trame sonore du film La forteresse, film canadien qui connaîtra un certain succès. C’est Lucio Agostini, chef d’orchestre, compositeur et arrangeur qui signera l’adaptation de l’œuvre pour le cinéma et en réalisera l’orchestration. En prévision des besoins du film, il amputera certains passages. C’est dans cette adaptation que le Concerto no.3 deviendra le Concerto de Québec. C’est dans cette version remaniée par Agostini qui fera l’objet d’un enregistrement à l’occasion des Jeux olympiques de Montréal en 1976. (André Mathieu, biographie – Georges Nicholson, Québec-Amérique, 2010)

En 2003, Alain Lefèvre, principal porte-étendard de l’œuvre de Mathieu depuis des années, a enregistré le Concerto de Québec avec l’Orchestre de Québec sous la direction de Yoav Talmi. Ce concerto manque de continuité et semble décousu. En effet, la version connue d’alors était celle utilisée pour le film La forteresse où l’arrangeur avait volontairement « hachuré » l’œuvre afin de pouvoir utiliser n’importe quelle partie selon les besoins du film. C’est ainsi qu’Alain Lefèvre s’est mis à la recherche de quelqu’un qui pourrait retravailler la version connue pour la rendre plus fluide, plus complète et en faire une orchestration. C’est à Jacques Marchand, compositeur et chef d’orchestre qu’est confié ce travail en 2014. Alain Lefèvre met M. Marchand en contact avec Georges Nicholson, musicographe et biographe d’André Mathieu. M. Nicholson, qui est en lien avec la succession d’André Mathieu, apprend à M. Marchand que le manuscrit original, écrit de la main de Mathieu a été déposé à Bibliothèque et Archives Canada, à Ottawa. M. Marchand s’est empressé de faire sortir une copie de ce manuscrit. Le travail de restauration de l’œuvre est colossal. L’écriture de Mathieu adolescent est en « pattes de mouche », bâclée, trouble, imprécise. Déchiffrer la partition et la mettre au propre pour la rendre lisible a demandé plus d’un an de travail. Tout au long de cette étape, M. Marchand a travaillé en étroite collaboration avec M. Nicholson, bénéficiant de ses connaissances et de son sens musical exceptionnel. En étudiant le manuscrit, M. Marchand constate qu’il y a de nombreuses différences, des coupures et des omissions, entre le manuscrit d’André Mathieu et l’arrangement D’Agostini. En restaurant les passages manquants, le concerto retrouve cohésion et cohérence, éclairant ainsi la pensée réelle de Mathieu au sujet de la conception globale de l’œuvre. Plus le travail avance, plus M. Marchand découvre des thèmes qui avaient été amputés dans la version connue. Des thèmes qui, selon M. Marchand, sont d’une beauté à faire pleurer.

Le manuscrit de 1942-43 est écrit pour deux pianos : un piano solo et un piano d’accompagnement qui sert de réduction pour orchestre. À la demande d’Alain Lefèvre, Jacques Marchand a composé une cadence pour le premier mouvement, qui met le soliste en valeur et qui vient également équilibrer la structure de ce premier mouvement. Également, M. Marchand, a réalisé l’orchestration à partir de la partition pour deuxième piano. Ainsi, la restauration de l’œuvre de Mathieu nous permet de l’entendre dans sa forme originale, tel que le compositeur l’a conçu. Le Concerto n°3 est sûrement l’œuvre majeure d’André Mathieu, un des plus grands compositeurs québécois. La création de cette œuvre restaurée et nouvellement orchestrée a été présentée par Alain Lefèvre et le Buffalo Philharmonique Orchestra en février 2017, sous la direction de JoAnn Falletta. La Première canadienne aura lieu, toujours avec Alain Lefèvre, le 23 avril 2017, à Amos, dans le cadre de la tournée de concerts soulignant les 30 ans de l’Orchestre symphonique régional Abitibi Témiscamingue, sous la direction de Jacques Marchand.

Biographie d’André Mathieu (1929-1968) sur Wikipédia.

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