La lente maturation de Jean Chaîney

Il y avait foule lors du vernissage de l’exposition Climax de Jean Chaîney. Heureusement, je me suis présenté à l’ouverture, ce qui m’a donné le temps d’apprécier la dernière production de ce peintre hyperréaliste. On ne peut pas dire que celui-ci pèche par surexposition, sa dernière exposition solo datant de 2011.

Né à Montréal mais ayant vécu son enfance à Beloeil, il cheminera longuement avant de se consacrer exclusivement à la peinture. Après deux tentatives infructueuses au cégep, faute de motivation, en psychologie et en arts plastiques, Jean Chaîney séjournera quelques mois en Europe. À son retour, il travaillera pendant quelques années à Radio-Canada comme pigiste. Initié jeune au dessin, c’est son emploi suivant à la galerie d’art Edimage qui l’imbibera de l’univers de la peinture.

« Jean Chaîney est un peintre classique, dévorant sa ville et dénaturant les icônes. Sa technique, qui s’est lentement établie à partir des dessins de jeunesse — entièrement faits au crayon plomb — pour s’appliquer, au final, à l’huile sur toile, relève d’une approche tout-à-fait classique — de forme et de lumière », explique Simon DuPlessis, qui s’est occupé de la promotion de l’événement.

« La première fois que j’ai vu une toile de Chaîney, je ne pouvais pas croire que c’était de l’huile, mon médium, tellement son rendu était photographique », se remémore en riant le peintre Yan D. Soloh.

chainey

La peinture ne lâchera plus Jean Chaîney après son séjour d’un an et demi à la Galerie Edimage, mais il ne développera pas son style avant plusieurs années. Pendant douze ans, il peindra des canards en résine. Malheureux dans cet emploi, il parviendra toutefois à y peaufiner son coup de pinceau.

« Sa technique de dessin frise la perfection », analyse la sculpteure Lucette Dion Bazinet. « Le regard qu’il porte est vraiment personnel. Il va chercher un détail nous permettant d’identifier l’objet au premier coup d’oeil, tel l’arc du pont Jacques-Cartier. »

Durant ces années, il ira chercher des formations à la carte sans viser l’obtention d’un diplôme. C’est le premier Festival Montréal en Arts, en 2000, qui le convaincra de plonger. Inspiré par Dali, Jean Chaîney développe depuis un style hyperréaliste par la technique mais surréaliste par sa composition.

« Architectonique », corrige Yvon Goulet. « L’hyperréalisme chez Chaîney n’est qu’un moyen lui permettant d’atteindre son image, pas une fin. Sa construction architecturale englobe toute la surface du tableau. »

Des nus flottants dans une atmosphère onirique, des boucs se battant violemment, un poteau électrique servant de support architectural au tableau, la thématique des tableaux est très variée. Par cette exposition, Jean Chaîney nous dévoile un artiste en pleine possession de ses moyens, un peintre qui a atteint la maturité. Un artiste à suivre.

(Une version de cet article a paru dans etremag.com)