Investir dans l’art, un plaisir qui rapporte

Pascalline Quaedvlieg
Historienne & consultante en art
Collaboration spéciale

Comme tout investissement, il ne suffit pas de connaitre les avantages financiers, notamment fiscaux, mais aussi de connaitre les subtilités du marché de l’art et d’avoir une préhension de la dynamique des tendances picturales.

Les avantages fiscaux

Cet aspect est le plus facile à dominer car les règles sont fixées par la loi.

L’amortissement

Les œuvres d’art peuvent être amorties avec 1/3 du coût d’acquisition hors taxes sur une base résiduelle pour le provincial et 20% pour le fédéral. C’est ce que l’on appelle la déduction pour amortissement. Dans un délai de 5 ans le coût total sera déduit de vos revenus. En cas d’incorporation, vous pouvez récupérer TPS et TVQ.

Certaines conditions s’appliquent :

  • Le bien doit être acquis après le 12 novembre 1981.
  • L’artiste professionnel devra, lors de la création de l’œuvre, être un citoyen canadien ou émigrant reçu.
  • Le coût d’acquisition devra être supérieur à 200 $.
  • Le tableau devra être utilisé par les professionnels pour en tirer un revenu, autrement dit visible pour vos clients et ne pas laisser l’œuvre à votre domicile.

La donation

La donation  doit être faite en faveur d’une entité reconnue par la Loi sur les impôts (organisme culturel ou de communication, institution muséale québécoise, etc.). D’autres avantages s’ajoutent :

Récupération  jusqu’à  45% du prix de l’évaluation de l’œuvre.

Si le don est fait à une institution muséale, le 45% sera majoré de 25%, jusqu’à un montant maximum de 75 % de votre revenu annuel net.

Certaines conditions s’appliquent :

  • Délai de l’acquisition de l’œuvre, entre 3 est 5 ans.
  • Les donations s’appliquent aussi aux collectionneurs privés.
  • Les œuvres ne sont pas limitées à une origine uniquement canadienne.

Le marché de l’art

Le marché de l’art contemporain mondial se porte bien. Les marchés se sont littéralement envolés en 2014.  ArtPrice, parle d’une année record :

« 7,1 milliards… tel est le fruit de la ventes d’œuvres d’art aux enchères (hors frais) sur le premier semestre de l’année 2014. Un chiffre record qui représente un milliard de plus que l’an dernier (premier semestre 2013) mais surtout 5,2 milliards de plus qu’il y a 10 ans. Les recettes du marché de l’art dans le monde ont ainsi progressé de 17 % cette année et de 275 % à l’échelle de la décennie  » (Artprice,  9 septembre 2014)

L’art comme le vin ou les véhicules de collection sont devenus un domaine d’investissement semblable à la bourse ou à l’immobilier. Ce type d’investissement tend à se démocratiser grâce aux avantages fiscaux et à la médiatisation car il était autrefois réservé à une élite financière et intellectuelle. Toutefois l’avantage fiscal ne suffit pas à faire d’un investissement forcement gagnant car il impose certaines limitations. La question est de savoir par exemple si l’obligation d’acquisition d’artistes canadiens est une entrave à la rentabilisation du placement autrement dit investir dans l’art canadien est-il rentable.

Le Canada n’est pas exclu de pépites. Toutefois il faut prospecter et montrer de la vigilance. L’offre est vaste. Comme en bourse vous avez les valeurs sûres et les valeurs à risque. On peut diviser le marché de façon approximative en 4 catégories :

  • Les  jeunes artistes pour un prix raisonnable (un acrylique sur toile de 30’’ x 36’   d’un jeune artiste, (la relève)  entre 900 $ et 2 200 $).   Et si, un jour, l’œuvre prend de la valeur tant mieux, c’est un jeu de dés. Un futur Basquiat québécois, pourquoi pas!
  • Les artistes mûrs, (généralement nés entre 1950 et 1960) qui ne sont plus  attachés à des galeries, qui travaillent en parallèle, souvent avec un  agent et sont représentés dans certaines collections corporatives comme Loto-Québec, qui sont encore très accessible. Une acrylique, huile sur toile de 30 x 36 vaudra en moyenne  entre 3 500 $ et 5 000 $.
  • Les étoiles montantes du marché de l’art québécois contemporain (les plupart sont nés entre 1968 et 1976). Ils sont reconnus par des critiques d’art, sont représentés par des galeries d’art phares (Membres d’Associations des Galeries d’art Contemporains), participent aux foires, aux expositions de groupe organisés par des musées, ont reçus certains prix et reconnaissances, sont dans des collections muséales et corporatives comme Hydro Québec, Toronto Dominium, La collection Banque Nationale, Loto Québec, Giverny Capital etc. Pour certains entre eux les prix ont déjà presque trop augmenté, avec des œuvres qui valent aujourd’hui 50 000 $.
  • Les artistes établis de 75 ans et plus, comme Marcel Barbeau, et Françoise Sullivan, tous les deux signataires du Refus global, Jacques Hurtubise, Rita Letendre, Claude Tousignant, Fernand Toupin etc. Une toile de dimension moyenne de 36’’ x 30’’ dépassera en général 10 000 $. Par contre pour 5 000 $ vous pourriez acquérir une œuvre sur papier.

Oui, investir dans l’art canadien contemporain est rentable, mais il faut savoir acheter et s’entourer de conseiller indépendant comme tous les grands collectionneurs, mais sans oublier que le choix final est soumis au désir de l’acquéreur.

« L’art lave notre âme de la poussière de tous les jours. »
Pablo Picasso

Site de Pascalline Quaedvlieg.

Sources

Gouvernement du Québec- Culture et communication : Chapitre S-32.01 ; Loi sur le Statut professionnel des artistes des arts visuels, des métiers d’art et de la littérature et sur leurs contrats avec les diffuseurs.

Gouvernement du Québec - Culture et communication Québec ; Mesures fiscales pour divers produits culturels.

Magazine Stratège de l’APFF, vol. 17, numéro 2, du mois d’avril 2012.

Magazine ‘Finance et Investissement’, – ‘L’art et la fiscalité, novembre 2012 – par Caroline Renaud, avocate chez Raymond Chabot Grant Thornton.

[Photo : Œuvre de © Philippe Morbidique Mayer.]

Philippe Morbidique Mayer