Fiori… vagabond de l’âme humaine

fioriLes dernières chansons de Fiori sont portées par une voix qui n’a pas changé… Un peu comme l’ami qu’on a perdu de vue depuis des années et qu’on retrouve avec bonheur fidèle aux valeurs que nous partagions. Dès les premiers accords, le souvenir des belles années d’Harmonium reparaît. Et puis, les nouvelles confidences. L’homme exprime clairement  son désarroi devant l’omniprésence du virtuel dans la vie de tous les jours. Même s’il aborde cette réalité avec humour: « …twitter plogué dans mon toaster… mes muffins anglais reçoivent des courriels… », on le sent néanmoins déconcerté par cet incontournable état de fait.  Et puisqu’on parle des préoccupations de l’auteur-compositeur-interprète, sa plume égratigne dès la deuxième chanson l’inconscience du pouvoir politique face à la dégradation de l’environnement. C’est un peu naïf de lier cette indifférence des décideurs au contexte politique canadien précis alors que l’inconscience (« crampe au cerveau ») est planétaire; mais le propos est porté par un jeu de guitare rythmé et convaincant.

Le Fiori que je retrouve avec le plus de bonheur est celui  où le grand mélodiste témoigne avec sobriété d’un sentiment d’impuissance à saisir l’autre. Ici, le non-dit est comblé par la richesse de la mélodie. La chanson Seule à cet égard est une perle qu’on ne découvre peut-être pas à la première écoute, mais c’est une chanson qui restera. D’autres pièces du nouvel album témoignent de tempêtes émotives qu’a traversées le créateur, ces nuits blanches qui ont laissé des traces, quelques-unes heureusement transposées en notes de musique. Le titre Démanché évoque ce vécu et s’appuie heureusement sur une mélodie entraînante qui allège les rimes sombres.

Une des couleurs propres à Fiori dans son exploration musicale, ce sont les envolées musicales où la répétition d’un thème évoque une sorte de mantra. On peut parfois se lasser de ces répétitions quand les enchaînements d’accords nous paraissent prévisibles. Je pense à la chanson Le chat de gouttière où je ne suis pas arrivé à me laisser prendre par la mélodie du refrain. Pourtant, j’aime bien quand Fiori se décrit dès les premières lignes comme « une vieille panthère qui a mal au dos » et plus loin quand il met son âme à nu: « Je fais toutes les ruelles, j’entends les cris des femelles Je hurle comme un loup, je hurle des mots doux… » Mais certaines lignes me semblent un peu faciles: « Je rêve de partir… J’veux prendre le bateau, mais j’ai peur de l’eau. » Là-dessus, petite parenthèse: même les rimes « faciles » de Fiori disent quelque chose, ce qui n’est pas le cas chez bon nombre d’auteurs-compositeurs-interprètes en tête de nos palmarès radiophoniques…

À travers tout ça, la voix de Fiori n’a rien perdu de son timbre unique. Quand les sentiments passent par sa voix de tête, une seconde nature chez lui, on ressent toute la sensibilité et la fragilité de l’homme. Il est peu commun d’écouter des chansons aussi vraies, inspirées aussi bien par un cœur écorché qu’une âme exaltée.  La désillusion ne réussira jamais à éteindre ce vagabond des musiques de l’âme humaine.

[Page Facebook de Serge Fiori - Visionnez son nouveau clip Le monde est virtuel]

Animateur de radio (CINQ-FM, CIBL-FM), auteur-compositeur-interprète, François Martel nous dévoile ses coups de cœur en chanson francophone. François anime une émission hebdomadaire sur la chanson francophone: Vinyle en mille morceaux à l’antenne de CIBL – 101,5 FM le dimanche matin à compter de 10 h. Site de François Martel.