Est-ce que le FIMA a FAIM ? (4)

[Dernier volet de quatre. Pour lire le premier volet, le second volet, le troisième.]

Le Festival International de Montréal en Arts (FIMA) en arrive à sa 15ième édition l’an prochain. Comme toujours, du côté de l’organisation, on n’est toujours pas certain s’il sera possible d’y arriver. Avec une bonne bouteille de blanc, je me suis entretenu pendant plus d’une heure avec mes amis Paul Haince, le président-fondateur, et Stéphane Mabilais, directeur général. Une version allégée de cette entrevue est parue en août chez Décover Magazine. Vous avez ici la version intégrale, sans coupures !

Dernière partie

S.D. : Maintenant, Paul, Stéphane, nous allons bifurquer un peu sur notre chemin parce que j’aimerais vous poser une autre question. De votre point de vue, vous qui êtes organisateurs du FIMA, qu’est-ce que vous pensez de la dynamique en arts visuels, à Montréal, au Québec ?  Est-ce que vous trouvez que les gens s’intéressent à l’art visuel ?

P.H. : Non.

S.D. : Non ?

P.H. : Non. Bon, tu me parles à moi là ? Je te dis non. Y’a pas de marché de l’art à Montréal, ça c’est sûr. On le sait. Ça n’existe pas. On peut se péter les bretelles tant qu’on veut. Mais non. On est pas New-York, on n’est pas Londres, on n’est pas Paris, Tokyo… Ce n’est pas ici que Corno monte sa cote à ce qu’elle est aujourd’hui.

S.M. : Mais d’un autre côté, dans la rue, je vois que les gens commencent à comprendre tranquillement. Pour les francophones, ce n’est pas dans leur culture, faut dire. Les anglophones sont plus habitués à l’art. Mais les francophones non.

P.H. : Comme je te parlais des États-Unis tout à l’heure, là-bas ça marche ! Au bout. Y’a plein d’artistes qui vivent de ça. Je veux dire à vendre sur la rue, dans les festivals. Et ils vivent très bien ! Nous, on a encore un bout de chemin à faire avant d’habituer le public.

S.M. : Et les médias, ils nous ignorent. Regarde TVA. On est dans leur cour arrière. Ils n’ont jamais osé parler de nous en 14 ans ! Si tu ne paies pas, il ne parle pas de toi. Ça n’aide pas ça non plus.

S.D. : Trouvez-vous qu’il y a un beau bouillonnement culturel à Montréal et au Québec ?

P.H.  : Oui, oui ! Moi je trouve que oui. Il y a de plus en plus de talents. En fait, avant, on ne les voyait pas ! Maintenant je trouve qu’on en voit de plus en plus. Ça bouge. Y’a aussi Décover Magazine que je trouve superbe. Le festival Mural, qui est bien également. On n’est pas en compétition ! Je pense que c’est intéressant qu’il y ait ce genre d’évènements-là. Comme sur le web, Facebook et cie, je vois beaucoup de choses. Y’a beaucoup d’évènements, d’artistes talentueux…

S.M. : C’est certain que les réseaux sociaux nous permettent de voir ce qui se passe. Les autres évènements, ou les pages personnelles des artistes. Beaucoup de belles choses !

S.D. : Est-ce que vous sentez que vous avez de l’appui quelque part ?

P.H. : Oui, c’est certain. La SDC tient beaucoup à nous ! Et l’arrondissement jusqu’à un certain point. Les artistes aussi.

S.M. : Oui, les artistes aussi. J’ai beaucoup d’artistes dont c’est la première édition et qui me disent : « Vraiment, je comprends votre évènement ! »

S. D. : Donc, de la part des artistes vous avez une belle réponse ? Sont-ils heureux de leur expérience ?

P.H. : Oh oui ! Les artistes, même ceux qui ne vendent pas, sont heureux. Des fois après deux ans, tu vends. Le contact avec le public. Avoir des commentaires. Pour plusieurs c’est toute une expérience. Mais beaucoup vendent.

S.M. : Et notre taux de retour est très élevé !

S.D. : Également pour provoquer l’échange entre les gens et les artistes ?

P.H. : Oui, on a vraiment l’impression de faire quelque chose d’utile.

S.D. : Paul, Stéphane, qu’est-ce que vous ressentez quand vous finissez un festival ?

P.H. : …

S.M. : …

P.H. : [Rires] On dit que c’est le dernier !

S.M. : Je dois avouez que chaque année, je pense que c’est le dernier.

P.H. : Oui, et cette année j’ai eu peur ! Je me suis dit : « Il va péter ». On avait l’habitude de dire que c’est une course à obstacle pour se rendre jusqu’à l’évènement. Parce que souvent, au lieu de nous accommoder, on nous écrase. Comme je le répète, si on tient c’est grâce à Stéphane. Il est directeur général. Il s’occupe du budget, du programme, des subventions, il fait tout !

S.D. : Même dans la rue pendant le festival à déplacer des clôtures et transporter des bouteilles d’eau, sans compter les mille et un petits problèmes à régler ?

P.H. : Oui, tout. Le site web aussi. Le programme à imprimer. C’est long ! Tu sais, un gars comme Stéphane, il pourrait partir travailler ailleurs pour le double du salaire ! 14 ans d’expérience en direction et organisation d’évènement, c’est payant ! Il pourrait travailler n’importe où, Quartier des spectacles, Cirque du Soleil et dans de bien meilleures conditions ! Mais, il tient. Tant qu’on sentira qu’on a de l’appui, on va continuer. En fait, Stéphane va continuer.

S.D. : Maintenant, concluons — parce qu’il faut bien conclure ! — j’aimerais vous demander quels sont vos plus beaux souvenirs du FIMA ? Ce qui vous donne de l’énergie pour poursuivre ?

P.H. : Moi, personnellement, mes plus beaux moments, c’est quand je rencontre un artiste et qu’il me dit : « J’ai vendu pour 5000 $ ou 7000 $ ou même 800 $ ! ». Ça c’est la récompense ! C’est pour ça que tu fais ça.

S.M. : Et les artistes qui reviennent. Si on avait 0 % de retour, on ne voudrait pas recommencer !

S.D. : Alors, Paul, Stéphane, je vous remercie de nous avoir accordé cette entrevue !

P.H. : Merci à toi Simon !

S.D. : Merci à vous deux !

S.M. : Merci !

S.D. : Je pense qu’on va avoir un bon texte !

Montréal, 21 Juillet 2013

(Entrevue le 28 juin 2013)

 P.S. :

À la fin de la conversation, Stéphane est allé à la toilette, Paul est venu me dire :

« Donc, pour revenir à ton entrevue, le financement, oui, ça c’est le problème, on a tous compris ça. C’est pourquoi je voulais te parler de l’évènement que l’on veut organiser à l’Apollon, le mercredi avant le Black and Blue.  On a des œuvres en stock, on veut essayer de les vendre. Tiens-toi à l’affût. »

[NDLR : cette entrevue sa été publiée en quatre parties, les lundis 12, 19, 26 août et 2 septembre. Illustration : Le cri - Edvard Munch (1863-1944). Photo : Jean Chaîney]

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