Est-ce que le FIMA a FAIM ? (2)

[Pour lire la première partie de cet article, cliquez ici.]

Le Festival International de Montréal en Arts (FIMA) en arrive à sa 15ième édition l’an prochain. Comme toujours, du côté de l’organisation, on n’est toujours pas certain s’il sera possible d’y arriver. Avec une bonne bouteille de blanc, je me suis entretenu pendant plus d’une heure avec mes amis Paul Haince, le président-fondateur, et Stéphane Mabilais, directeur général. Une version allégée de cette entrevue est parue en août chez Décover Magazine. Vous avez ici la version intégrale, sans coupures !

Seconde partie. 

S.D. : Paul, Stéphane, j’aimerais maintenant savoir si vous avez senti qu’il y avait un besoin en arts visuels ? Sentiez-vous que vous combliez un manque ? Je veux dire, vous receviez assez de candidatures au point de faire une sélection ?

P.H. : Au début, il n’y avait pas de sélection. On recevait des trucs pas trop forts. Comme je te disais… Mais on prenait tout. Il fallait remplir notre rue.

S.M. : Un moment donné, il a fallu refuser des trucs et se permettre une sélection. Il fallait chercher la qualité. C’est important.

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S.D. : Avec les demandes que vous receviez, vous aviez compris qu’un Festival des Arts était nécessaire ?

P.H. : Ça c’est sûr !

S.M. : Ça fait 14 ans qu’on est là ! Alors…

P.H. : Et il faut dire que depuis 14 ans, les évènements en arts visuels se sont multipliés. On a ouvert la porte à d’autres. Avec le FIMA, on a donné l’idée à d’autres de faire des trucs du genre. De faire autre chose que ce qui était proposé.

S.M. : Y’en a même qui ont essayé de copier.

P.H. : Je dirais même qu’il y a deux organisations distinctes qui ont copié directement. Un groupe de Toronto — qui réussissent leurs évènements là-bas — et…

S.M. : Et un autre groupe […], ils nous narguaient directement. C’était un peu comme s’ils disaient : « Le FIMA c’est rien, on va faire quelque chose de mieux ».

S.D. : On va être meilleur ?

S.M. : On va être meilleur ! Pouf, deux, trois ans ! Je me suis renseigné. J’ai demandé aux artistes comment ç’avait été. Nul n’était content. Les artistes qui le faisaient ne voulaient jamais revenir l’année d’après. Sans mentir, il devait y avoir 1 % de retour sur la totalité.

P.H. : Et ça coûtait cher là ! Beaucoup plus cher que le FIMA.

S.M. : Ils s’autoproclamaient « l’Évènement en Arts Visuels à Montréal ». Le premier, l’unique, le plus beau !

P.H. : On n’existait pas pour eux-autres, mais ils nous copiaient ! [Rires]

S.M. : Ils nous copiaient solide. Les formulaires étaient presque les mêmes. Le programme était pratiquement un copier-coller, même format. Les règlements et tout…

S.D. : Comment ça s’appelait ?

S.M. : C’était Expo-Art Montréal, si je me souviens bien. […] Ça faisait chier, pour être franc.

P.H. : Mais ils ont fait une erreur importante. C’était dans le Vieux-Port. Ils chargeaient à la porte !

S.D. : Oh !

S.M. : Et la troisième année, ils ont décidé de bouger au Palais des Congrès. Ils ont coulé à pic. Planté carré.

S.D. : Donc, vous avez montré que c’était possible de faire un festival en arts visuels. D’autres ont essayé, ils se sont plantés, mais le FIMA a survécu… Pourquoi ?

P.H. : Le fait d’avoir survécu, je vais te le dire, c’est grâce à lui [il pointe Stéphane]. Parce que ce n’est pas facile. Juste la gestion du budget — qui n’est pas gros — c’est l’enfer. Comme cette année on a le droit à ça [il pointe une liste sur la table près de mon verre de vin], c’est la liste discrétionnaire des ministres. Qu’est-ce que tu veux, on a pas plus de connexion au PQ que chez les libéraux. On l’a. Mais si on n’a pas ça, c’est fini…

S.D. : Chaque dollar compte ?

P.H. : Oui. Et c’est Stéphane qui veille sur chaque dollar. On coupe 325,47 $ ici. Pas 325,48 $. Sinon, il va manquer un sou là-bas. On coupe ici, on coupe là, tu vois…

S.D. : Ça commence à faire des milles ?

P.H. : Oui. Mais c’est Stéphane qui s’occupe de faire des milles avec des dollars. Probablement que les gens d’Expo-Art Montréal n’avaient pas compris ça — mais ce n’est pas de ça qu’on parle. Si cette année on a réussi, c’est grâce à ça [il pointe la liste]. T’es obligé de faire ça.

S.M. : Sauf qu’un moment donné il y a une limite, où on ne peut plus. Regarde, cette année on a coupé dans la sécurité de moitié, les employés, on a tout coupé ça. On a dû aller chercher beaucoup de bénévoles.

P.H. : On avait 40 bénévoles cette année ! Surtout des Français qui arrivent ici, tu sais, qui veulent s’impliquer : des jeunes. On a été vraiment chanceux.

[Lire le troisième volet.]

[NDLR : cette entrevue sera publiée en quatre parties, les lundis 12, 19, 26 août et 2 septembre. Illustration : Le cri - Edvard Munch (1863-1944). Photo : Jean Chaîney.]

Sites du magazine Décover – du FIMA.