Est-ce que le FIMA a FAIM ?

Le Festival International de Montréal en Arts (FIMA) en arrive à sa 15ième édition l’an prochain. Comme toujours, du côté de l’organisation, on n’est toujours pas certain s’il sera possible d’y arriver. Avec une bonne bouteille de blanc, je me suis entretenu pendant plus d’une heure avec mes amis Paul Haince, le président-fondateur, et Stéphane Mabilais, directeur général. Une version allégée de cette entrevue est parue en août chez Décover Magazine. Vous avez ici la version intégrale, sans coupures !

Simon Duplessis : Bonjour Paul Haince, Stéphane Mabilais !

Paul Haince, Stéphane Mabilais : Bonjour Simon !

P.H. : Tu n’enregistre pas ça là ?

S.D. : Ben non !

P.H. : Ok !

S.D. : Pour commencer, afin de situer le lecteur qui, peut-être, ne connait pas trop la genèse de l’évènement, comment tout ça est venu au monde ?

P.H. : Bon, commençons avec une parenthèse ! Moi, je rencontre Stéphane [Mabilais] en 1999. C’est juste pour t’amener où je veux t’amener… Lui, il aime le camping. Ça ne fait pas partie de ton article ça, mais bon, c’est juste une mise en contexte ! Alors on s’en va au camping et il y a là un gars qui s’appelle Michel Gadoury — qui est propriétaire du Stud — et il me dit: « On veut mettre sur pied une association de commerçants, ça t’intéresses-tu ? ». J’étais intéressé. Dans ce temps-là, y’avait Chamberland, les gars de bars… Alors je m’en vais les rencontrer : ça pas été long, j’ai bien vu qu’ils disaient n’importe quoi, parce qu’ils n’avaient pas d’argent !

[Rires]

P.H. : Alors, avec ça, j’ai dit que j’étais prêt à m’embarquer, à la seule condition que…

S.D. : À condition qu’on organise un Festival des Arts ?

P.H. : Oui.

S.D. : Vous aviez ça dans l’idée préalablement Stéphane et toi ?

P.H. : Pas vraiment. Moi j’avais ça dans l’idée depuis très longtemps. Pourquoi ? Parce que dans les années 70, j’avais fait ça aux États-Unis. J’en ai fait au moins 200-250 à travers le pays.

S.M. : C’est très populaire aux États-Unis ! Ils en font au moins 2000, 3000 par année !

P.H. : Sinon plus ! […] Alors moi j’avais fait ça. J’étais tombé sur ce circuit-là. J’allais d’une ville à l’autre. Milford, Illinois. La semaine d’après j’étais à Chicago, le week-end d’après Kansas City… tu vois le genre. Quand je suis revenu des États-Unis, je m’occupais d’un magazine qui s’appelait Québec Rock.

S.D. : On est en quelle année-là ?

P.H. : On est en 1977. Notre bureau était dans le Vieux-Montréal, dans l’immeuble qui abrite aujourd’hui le musée Pointe-à-Callières. L’idée me prend d’organiser un évènement du genre. Alors je pars : les annonces dans les journaux, appels aux artistes… Ça rentre pas longtemps après ! Candidatures, avec le chèque et tout le kit ! Je vais voir le Vieux-Port, sont prêts à mettre de l’argent !

S.D. : Ça marche ?

P.H. : Ça marche. […] Mais là, il arrive un groupe — l’Association des Artistes-peintres du Québec ou quelque chose comme ça, je ne suis pas certain. Ils me disent : « Non, on va pas exposer dans la rue quand même ! ». Ils me parlaient de sécurité, d’espace. Alors là, je me suis dit : « Dans quoi je m’embarque ?! ». J’annule ! Je retourne les chèques, tout !

S.D. : Tire la plug ?!

P.H. : Oui. Donc, lorsque Michel Gadoury me parle de l’Association des Commerçants, en 1999, je vois l’opportunité. Je lui ai dit que dans le Village, on avait des bars, des restos, des saunas en masse. Pourquoi ne pas insérer l’art dans tout ça ?

S.D. : Pour toi, ça venait avec ?

P.H : Oui. […] En octobre 1999, on fonde la fameuse Association des Commerçants. J’ai alors dit qu’en juillet 2000 on allait avoir un Festival des Arts. Et on l’a fait. Stéphane allait à l’université à l’époque. Il est tombé en vacances et il est venu m’aider. Dans ce temps-là, il n’y avait pas de SDC, mais l’association à contribution volontaire — 100 $ là, 50 $ ici. La ville s’est intéressée à nous. On a eu des subventions. La ville, l’arrondissement. On avait un peu d’argent. Puis j’ai été voir Labatt. Tu sais, je représentais les commerçants ! Alors Labatt embarque ! Tant qu’à avoir un commanditaire, je me suis dit que j’allais aller en voir un autre. J’ai été voir Desjardins. Ça a marché ! Au public, je suis monté jusqu’à Québec, aux Affaires Municipales. Monsieur Lavigne, je vais toujours me souvenir de son nom ! C’était développement de la métropole. Il était ouvert. Donc c’est comme ça que ça a parti.

S.D. : Le bateau FIMA était à l’eau ?

P.H. : Oui, mais c’était le Festival des Arts du Village à l’époque. On a fait un appel dans le Fugues. Puis on a reçu n’importe quoi ! Des quéquettes ! Des anus poilus ! En tous cas, de tout !

FIMA-550

S.D. : Yvon Goulet est soft à côté de ça ?

P.H. : Oui, Yvon est soft en comparaison ! [Rires] Je me souviendrai toujours du scandale de Martial, avec son gang bang dans la vitrine du Sky ! La Presse en avait parlé !

S.M. : Scandale dans le village !

P.H. : En tous cas, ça a parti. On a engagé une agente. Elle nous a géré ça. La Presse, Radio-Canada. Elle coûtait 7000 $ en partant, mais elle connaissait le milieu. Ça se paie ça ! Ça nous mettait sur la carte. Ensuite, on a pu aller chercher une subvention à l’emploi pour lui [il pointe Stéphane].

S.D. : À ce moment-là, Stéphane occupe quelle fonction ?

S.M. : J’étais adjoint.

P.H. : Et on avait France Parenteau aussi. Avec la subvention, on pouvait se permettre une équipe. On a fait un bout avec ça. En quelle année qu’on a changé le nom  du festival des arts du village, Stéphane ?

S.M. : 5 ou 6ième édition. Parce que moi j’aimais : « Montréal en Arts ». On avait eu de la difficulté par contre. Certains disaient que « Arts du Village » c’était trop gai. D’autre n’aimait pas « Montréal en Arts » parce que ça ressemblait trop à « Montréal en Lumière ».

P.H. : En tous cas, tout ça pour dire que les première années, jusqu’à ce qu’on change de nom, on avait réussi à tenir quelque chose qui avait de la colonne. L’équipe était bonne, l’argent était là, le support aussi.

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[NDLR : cette entrevue sera publiée en quatre parties, les lundis 12, 19, 26 août et 2 septembre. Illustration : Le cri – Edvard Munch (1863-1944). Photo : Jean Chaîney.]

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