CIBL en mille morceaux

Suite à un article paru dans le Huffington Post, édition du 10 août dernier, il a fallu dans un élan que j’écrive à la journaliste qui l’a signé.

Bonjour, Mélissa Pelletier… J’ai lu avec beaucoup de frustration votre article paru le 10 août: CIBL: Tout balayer (ou presque) pour mieux rebâtir. Vous y décrivez le nouveau DG de CIBL comme le sauveur incontesté de la station, l’homme de radio qui arrive avec une nouvelle vision qui comme par enchantement agrandira l’auditoire de CIBL et en fera une radio rentable. Et ce nouveau DG M. Arnaud Larsonneur a eu le culot de vous dire que « personne n’a été remercié… le projet est très inclusif… » C’est complètement faux, voici pourquoi: ce que l’on propose à la quarantaine d’animateurs qui perdent leur émission, c’est de produire des capsules de 4 à 6 minutes qui s’intègreront à la programmation quotidienne. Pouvez-vous imaginer deux secondes des émissions de jazz, de musiques du monde, de chanson francophone, de rock, de musique classique, de débats, etc. morceler leur contenu dans de courtes capsules qui seront diffusées ensuite on ne sait trop quand dans la programmation?

Concrètement, ce n’est pas réalisable. Quand M. Larsonneur parle de « trouver une nouvelle identité propre à CIBL », ce qu’il sous-entend, c’est qu’il veut uniformiser le son musical de la station, « formater » la programmation musicale. C’est là que se situe d’après lui la rentabilité de la nouvelle CIBL. Or, il semble oublier que la raison d’être des radios alternatives ou communautaires, c’est justement d’échapper à cette uniformisation du son musical de la radio, ce que font déjà trop les radios commerciales. Le projet du nouveau DG de la station consiste à faire de CIBL une radio commerciale déguisée en radio alternative. Déjà la nouvelle philosophie musicale se fait entendre et je pourrais énumérer une longue liste de musiciens québécois qui, parce qu’ils ne sont plus au goût du jour, ne tourneront plus au 101,5. La nouvelle sélection musicale de la station a déjà éliminé des dizaines et des dizaines de titres pour « épurer » le son musical de la radio.

Et pour terminer, quand j’entends M. Larsonneur répéter que « sur dix personnes (producteurs bénévoles), neuf embarquent dans la nouvelle mouture… », je trouve ça d’une mauvaise foi absolue; c’est dire n’importe quoi. La plupart des producteurs bénévoles sont très déçus ou même révoltés dans plusieurs cas, mais isolés les uns des autres, ne sachant pas trop comment faire entendre leurs voix. Leurs voix… on en a détourné les micros vers une illusoire rentabilité.

[François Martel animait Vinyle en mille morceaux à CIBL.]

NDLR : Rappelons que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) définit ainsi le rôle de la radio communautaire.

Rôle et définition

12. Le Conseil conçoit la radio de campus et la radio communautaire comme une radio unique en raison de sa place dans les collectivités desservies, de son reflet des besoins et des valeurs des collectivités et de l’obligation d’intégrer des bénévoles à la création de la programmation et aux autres aspects de l’exploitation des stations. (…) La programmation de la radio de campus et communautaire doit se démarquer de celle des secteurs public et commercial par son style et son contenu, par la richesse des informations locales et par la qualité du reflet de la population. (…)

13. Ainsi, une station de radio de campus ou communautaire est une station détenue, exploitée, gérée et contrôlée par un organisme sans but lucratif qui donne avant tout aux communautés qu’elle sert l’occasion d’adhérer et de participer à sa gestion, à son exploitation et à sa programmation. (…)

Mandat des stations communautaires

15. La radio communautaire garantit un service de radiodiffusion local grâce à une propriété communautaire. (…)