Choisir sa galerie et non sa galère

cantin-franceFrance Cantin
Collaboration spéciale

Nul besoin de vendre son âme au diable.  La galerie d’art constitue un excellent moyen, mais  non le seul, dont dispose l’artiste pour distribuer et faire connaître ses œuvres.  Choisir sa galerie, c’est choisir un partenaire d’affaires. Comme en amitié et en amour, votre cœur et vos valeurs devraient guider votre choix.  Et comme pour le mariage, il vaut aussi mieux avoir un bon contrat si jamais le ciel s’avérait moins bleu que prévu.

Bien sûr, il y en a d’excellents galeristes et d’autres moins bons.  Aussi, ce qui est idéal pour le voisin ne le sera pas nécessairement pour vous.  Ce qui importe surtout c’est de choisir en fonction de ce que vous êtes et de vos besoins pour ne pas être déçu.  Entrer en galerie ne règle pas tout non plus et ne vous déleste pas de la responsabilité de mener à bien vos objectifs.  Comme vous êtes beaux, talentueux, intelligents et sûrs de vous, vous éviterez le piège de sauter sur la première offre venue simplement par peur de tomber dans l’oubli. Plusieurs frustrations dont je suis témoin viennent du fait que l’artiste n’a pas su évaluer la nature de l’entente qui lui était proposée.  Une fois le contrat signé, difficile de revenir en arrière sans tout foutre en l’air. Il y a de mauvaises ententes, c’est vrai.  Il faut savoir les éviter. Il y a aussi de bonnes ententes qui ne correspondent pas à nos attentes et nos objectifs.  Il faut aussi savoir les jauger.

Être ou ne pas être représenté

Être représenté en galerie n’est pas une nécessité absolue.  Certains se débrouillent assez bien seuls.  Cela dépend bien sûr de vos objectifs et de vos possibilités.  Aussi, étant donné la difficulté d’entrer en galerie, pour plusieurs, ce n’est souvent même pas un choix.  Vendre soi-même ses œuvres nécessite beaucoup d’efforts et la galerie a quand même de nombreux avantages quand on y a accès.  Il faut toutefois la choisir avec soin.

Exposer ce n’est pas seulement montrer des œuvres, c’est aussi créer un événement. C’est réseauter et échanger.  C’est faire parler de soi et de son travail.  Être choisi pour exposer lorsque c’est possible, donne aussi de la crédibilité à notre travail.

Pour ceux et celles qui n’arrivent pas à entrer en galerie, cela ne déprécie pas nécessairement la valeur du travail.  Beaucoup d’appelés, peu d’élus.  C’est souvent une question de timing et de circonstances.  Il existe une foule de lieux où il est possible d’exposer.  Plusieurs galeries aussi louent leurs murs à ceux et celles qui veulent organiser eux-mêmes leurs événements.  Ça peut s’avérer une bonne solution – mais il faut être prêt à y mettre l’effort et tout gérer soi-même.

Certaines galeries de ce type prendront toutefois en charge le vernissage, la promo  et les relations de presse et ont aussi souvent une liste d’envoi pour vos invitations.  Ils peuvent aussi parfois se charger du gardiennage et des ventes. Tout a un prix.  L’expérience peut s’avérer coûteuse ou avantageuse selon le cas. À vous d’évaluer si le jeu en vaut la chandelle.

Certaines galeries conventionnelles acceptent aussi des expositions temporaires, d’artistes jugés intéressants.  Lorsque l’occasion semble bonne, il faut tenter sa chance.

Déterminez votre marché et vos besoins

Si vous cherchez une galerie qui vous représentera à long terme, faites vos démarches afin de trouver celles qui vous conviennent le mieux.  Pour bien choisir, il faut connaître ses besoins et son marché.  Savez-vous qui est susceptible d’acheter vos œuvres?  Si votre profil correspond à la clientèle d’une galerie, vous aurez plus de chance d’y entrer et éventuellement d’y réussir.  Il faut aussi que la galerie corresponde à ce que vous êtes.  Allez  voir, regardez qui y expose.  Est-ce que les œuvres qui s’y trouvent vous plaisent?  Voyez-vous bien votre travail à cet endroit?  Est-ce que les gens qui y travaillent vous ressemblent?  Est-ce que la communication est facile et l’atmosphère chaleureuse?

La galerie doit aussi offrir des services qui correspondent à vos besoins, et ce, à chaque étape de votre carrière.  Au moins pour la durée de l’entente.  Vous devez donc évaluer vos besoins.  Voulez-vous qu’on vous appuie dans votre développement de carrière?  Ce n’est pas nécessairement le but premier d’une galerie.  Posez des questions et évaluez leur capacité à vous aider.  Avez-vous l’ambition de développer le marché international?  Est-ce que la galerie dispose d’un réseau adéquat pour vous y mener?

Évaluez ce qu’on vous offre

Bravo! Extase!  Hourra!  La galerie convoitée démontre un intérêt pour votre travail. Vous voudrez certainement savoir comment vos œuvres seront montrées, s’il y aura une rotation régulière et si vous aurez éventuellement l’occasion de monter des expositions solos et si oui, à quelle fréquence.  Des artistes tablettés dès le départ, ça existe, malheureusement.

Est-ce que la galerie achète ou prend en consignation vos œuvres? Il est évident qu’une galerie qui achète vos œuvres prend un risque plus important et sera justifiée de vous en donner un moindre prix.  Votre  galerie vous offrira fort probablement plutôt une consignation des œuvres et vous paiera votre dû au moment de la vente, ce qui rend encore vos revenus incertains.  Elle peut aussi vous offrir un montant forfaitaire mensuel qui vous assure un revenu régulier.  Mais attention, il s’agit le plus souvent d’une avance de fonds sur votre part des ventes.  Il est possible que la galerie se réserve ainsi le droit de se rembourser à même votre inventaire.  Soyez certain de ce qu’on vous propose.

Évaluez ce qu’on vous demande en retour

Le taux de commission sur les ventes

Il devrait être en fonction de ce qui est offert et aussi tenir compte des autres frais s’il y a lieu.  Il peut être aussi bas que 25 % si vous payez aussi la location des murs.  Il peut aller jusqu’à 70 % pour une galerie plus prestigieuse.  À New York par exemple, certaines galeries vous chargeront ce taux en plus des frais d’exposition.  Certains jugeront qu’il peut être pertinent d’exposer quelque part pour la visibilité et/ou le prestige sans espérer en tirer profit.  Encore une fois, tout à un prix.  Il est à vous d’évaluer ce qui vaut la peine en fonction de vos besoins réels à chaque étape de votre carrière.

L’exclusivité

Il n’est pas rare pour une galerie qui entend investir dans la promotion d’un(e) artiste d’exiger de lui ou d’elle une exclusivité.  Il est important d’évaluer si cette exclusivité est justifiée (en fonction de ce qui sera réellement investi) et si elle aura un impact sur d’autres aspects de votre carrière.  L’exclusivité devrait être limitée dans le temps (généralement la durée du contrat) et devrait s’appliquer à un territoire donné.  Si vous consentez l’exclusivité mondiale, assurez-vous que votre galerie a effectivement les contacts nécessaires pour vous promouvoir partout.  Sinon, limitez le territoire aux endroits où elle peut effectivement faire une différence.

Autres frais

Il est important de vérifier si on vous exigera d’autres frais, par exemple, des frais d’exposition, abonnement annuel ou frais de promotion et de vernissage.  Croyez-le ou non, ça existe.  Il se peut aussi que ces services ne soient tout simplement pas offerts et donc de votre responsabilité.

Productivité

Si votre entente est particulièrement avantageuse, il se peut qu’on vous incite à produire un certain nombre d’œuvres par mois, voire par semaine.  Il est important pour vous d’évaluer votre capacité à rendre la marchandise selon votre rythme de travail et sans brimer votre équilibre et votre capacité créatrice.

Les droits d’auteur

Est-ce que la galerie vous demande de céder en tout ou en partie vos droits d’auteur?   Il s’agit là d’une question des plus délicates.  Il est normal qu’on vous demande la permission de reproduire vos œuvres pour des cartons d’invitations ou de les publier sur le site de la galerie par exemple.  Si des tirages (giclées ou sérigraphies) devaient être faits dans le but de vendre, vous devez y consentir séparément par écrit.  Vous ne devriez au grand jamais céder la totalité de vos droits à qui que ce soit.  Ce genre de clause pourrait être considéré abusif le cas échéant, mais vaut mieux être prudent.  Oui, je l’ai déjà vu dans un contrat.

Le contrat

Sachez finalement qu’aux termes de la loi, le galeriste est requis de vous fournir un contrat.  Une entente verbale ne suffit pas.  Le RAAV publie à cet effet un excellent guide qui comprend des exemples de différents types de contrats (vente, consignation, etc.).  Pour ce qui est des contrats proposés par les galeries, je vous conseille de vous y pencher sérieusement avant de signer et de vous faire conseiller au besoin par un avocat, un agent ou toute personne bien avisée afin d’éviter de vous retrouver dans une situation qui ne correspond pas à vos désirs.  L’investissement peut éventuellement vous sauver bien des coûts et des soucis.

Je suis consciente que le marché est difficile et qu’il appartient à chacun de faire les compromis qu’il juge à propos.  Il est toujours mieux par contre de le faire en pleine connaissance de cause.  Je vous souhaite des ententes à la hauteur de vos attentes.  Et des galeristes honnêtes, malgré la croyance populaire, il y en a plein.  N’ayez donc pas peur de faire valoir ce qui est important pour vous.  Il s’agit de vos œuvres, de votre carrière.  Le pouvoir doit rester entre vos mains.

[Publié précédemment sur le blogue de France Cantin, La voie est libre !Page Facebook. Image à la une : détail de l’affiche du film Faust de F.W. Murnau, 1926]